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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
une controverse sur la nature de la réalité. » Telles étaient les
manchettes de l'article qui parut le 28 juillet. Les lecteurs
apprenaient que « La controverse entre Bohr et Einstein vient
de commencer cette semaine dans le dernier numéro de
Nature, la revue scientifique britannique, avec un défi préliminaire du Pr. Bohr à l'adresse du Pr. Einstein, et avec la
promesse du Pr. Bohr qu"'un développement plus complet
de cette argumentation sera donné dans un article qui
paraîtra sous peu dans la Physical Review." »
Bohr avait délibérément choisi le même forum qu'Einstein,
et sa réponse de six pages, reçue le 13 juillet, s'intitulait elle
aussi : « La description de la réalité physique par la mécanique quantique peut-elle être considérée comme complète 27 ? »
La réponse de Bohr, publiée le 15 octobre, était un « Oui »
sans équivoque. Incapable toutefois d'identifier la moindre
erreur dans l'argumentation d'EPR, Bohr en fut réduit à
affirmer que les preuves fournies par Einstein de l'incomplétude de la mécanique quantique n'étaient pas assez fortes
pour soutenir le poids de pareille assertion. Recourant à une
stratégie oratoire dotée d'une longue et illustre histoire, Bohr
commença sa défense de l'interprétation de Copenhague en
rejetant carrément la composante principale de l'argumentation d'Einstein démontrant l'incomplétude: le critère de
réalité physique. Bohr pensait avoir identifié une faiblesse
dans la définition d'EPR: la nécessité d'effectuer une mesure
«sans perturber un système en aucune manière 28 ».
Bohr espérait exploiter ce qu'il décrivait comme une
« ambiguïté essentielle » du critère de réalité « lorsqu'il
s'applique aux phénomènes quantiques» en revenant publiquement sur l'affirmation qu'une mesure conduisait à une
perturbation physique inévitable. Il avait compté sur cette
perturbation pour saper les précédentes expériences imaginaires d'Einstein en démontrant qu'il était impossible de
connaître simultanément la position et la quantité de mouvement exactes d'une particule parce que la mesure de l'une
causait une perturbation incontrôlable qui empêchait toute
mesure précise de l'autre. Bohr savait parfaitement bien
qu'EPR ne cherchaient pas à contester le principe d'incertitude de Heisenberg, puisque leur expérience de pensée
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