LA RÉALITÉ QUANTIQUE
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la mécanique quantique, ou en était incapable. Mais il savait
aussi ce qui séparait Schrôdinger et lui-même de la plupart de
leurs collègues : « Presque tous les autres ne vont pas des faits
à la théorie, mais de la théorie aux faits ; ne pouvant se dépêtrer d'un filet conceptuel accepté d'avance, ils s'y débattent
d'une manière grotesque 8 • »
En dépit de ces doutes réciproques, il y avait toujours de
jeunes physiciens impatients de travailler avec Einstein. L'un
était Nathan Rosen, vingt-cinq ans, un New-Yorkais qui était
venu du MIT en 1934 pour devenir son assistant. Quelques
mois avant Rosen, le Russe Boris Podolsky, trente-neuf ans,
avait rejoint l'lAS. Il avait rencontré Einstein pour la
première fois à Caltech en 1931 et ils avaient publié un article
en collaboration. Einstein avait une idée pour un autre article
qui marquerait une nouvelle phase dans son débat avec Bohr
en s'attaquant encore une fois à l'interprétation de Copenhague.
Aux congrès Solvay de 1927 et 1930, Einstein avait tenté de
circonvenir le principe d'incertitude pour montrer que la
mécanique quantique était incohérente et par conséquent
incomplète. Bohr, aidé par Heisenberg et Pauli, avait réussi à
démolir chacune des expériences imaginaires d'Einstein et à
défendre l'interprétation de Copenhague. Ensuite, Einstein
avait admis que la mécanique quantique était cohérente, mais
que ce n'était pas la théorie définitive revendiquée par Bohr.
Einstein savait qu'il avait besoin d'une nouvelle stratégie pour
démontrer que la mécanique quantique était incomplète,
qu'elle ne saisissait pas la réalité physique dans son intégralité. À cette fin il élabora la plus durable de ses expériences
de pensée.
Pendant plusieurs semaines, au début de 1935, Einstein
conféra avec Podolsky et Rosen dans son bureau pour
débattre de son idée. Podolsky se vit attribuer la tâche de
rédiger l'article correspondant, tandis que Rosen effectuerait
la plupart des calculs mathématiques nécessaires. Einstein,
ainsi que se le rappela plus tard Rosen, « fournit le point de
vue général et ses implications 9 ». Comprenant quatre pages
seulement, l'article d'Einstein-Podolsky-Rosen, ou «article
EPR », comme on l'appellerait plus tard, fut terminé et
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