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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Ernest Walton, collègues de Chadwick au laboratoire Cavendish dirigé par Rutherford, construisirent le premier accélérateur de particules et s'en servirent pour fissionner l'atome en
désintégrant son noyau.
Einstein s'était déplacé de Berlin à Princeton; toutefois, la
physique avançait sans lui. Il en était conscient, mais avait
l'impression d'avoir acquis le droit de poursuivre en physique
les recherches qui l'intéressaient. Lorsqu'il arriva à l'lAS en
octobre 1933, on lui montra son nouveau cabinet de travail et
on lui demanda de quel matériel il avait besoin. « Un bureau
ou une table, une chaise, du papier et des crayons, réponditil. Et puis une grande corbeille à papier, afin que je puisse y
jeter toutes mes erreurs 6 • » Et il y en eut beaucoup, mais Einstein ne se découragea jamais dans sa recherche du SaintGraal - la théorie du champ unifié.
Tout comme Maxwell avait unifié l'électricité, le magnétisme et la lumière dans un cadre théorique unique et
universel au xrxe siècle, Einstein espérait unifier l'électromagnétisme et la relativité générale. Pareille unification était
pour lui la prochaine étape, aussi logique qu'inévitable. Ce
fut en 1925 qu'il fit la première de ses nombreuses tentatives
pour construire pareille théorie qui finirent dans la corbeille
à papier. Après la découverte de la mécanique quantique, il
croyait qu'une théorie du champ unifié engendrerait cette
nouvelle physique en tant que sous-produit.
Dans les années qui suivirent le congrès Solvay de 1930, il
n'y eut guère de contacts directs entre Bohr et Einstein. Un
précieux moyen de communication disparut avec le suicide
de Paul Ehrenfest en septembre 1933. Dans un émouvant
hommage, Einstein évoqua la lutte intérieure de son ami
pour appréhender la mécanique quantique et « la difficulté
croissante à s'adapter à de nouvelles pensées qui assaillent
toujours l'homme une fois passé la cinquantaine. Je ne sais
pas combien de lecteurs de ces lignes seront capables de
comprendre pleinement cette tragédie 7 ».
Nombreux furent ceux qui, en lisant ces paroles d'Einstein,
les prirent pour une lamentation sur son destin personnel. À
cinquante-quatre ans, il savait qu'on le considérait comme
une relique d'une époque révolue, qui refusait de vivre avec
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Ernest Walton, collègues de Chadwick au laboratoire Cavendish dirigé par Rutherford, construisirent le premier accélérateur de particules et s'en servirent pour fissionner l'atome en
désintégrant son noyau.
Einstein s'était déplacé de Berlin à Princeton; toutefois, la
physique avançait sans lui. Il en était conscient, mais avait
l'impression d'avoir acquis le droit de poursuivre en physique
les recherches qui l'intéressaient. Lorsqu'il arriva à l'lAS en
octobre 1933, on lui montra son nouveau cabinet de travail et
on lui demanda de quel matériel il avait besoin. « Un bureau
ou une table, une chaise, du papier et des crayons, réponditil. Et puis une grande corbeille à papier, afin que je puisse y
jeter toutes mes erreurs 6 • » Et il y en eut beaucoup, mais Einstein ne se découragea jamais dans sa recherche du SaintGraal - la théorie du champ unifié.
Tout comme Maxwell avait unifié l'électricité, le magnétisme et la lumière dans un cadre théorique unique et
universel au xrxe siècle, Einstein espérait unifier l'électromagnétisme et la relativité générale. Pareille unification était
pour lui la prochaine étape, aussi logique qu'inévitable. Ce
fut en 1925 qu'il fit la première de ses nombreuses tentatives
pour construire pareille théorie qui finirent dans la corbeille
à papier. Après la découverte de la mécanique quantique, il
croyait qu'une théorie du champ unifié engendrerait cette
nouvelle physique en tant que sous-produit.
Dans les années qui suivirent le congrès Solvay de 1930, il
n'y eut guère de contacts directs entre Bohr et Einstein. Un
précieux moyen de communication disparut avec le suicide
de Paul Ehrenfest en septembre 1933. Dans un émouvant
hommage, Einstein évoqua la lutte intérieure de son ami
pour appréhender la mécanique quantique et « la difficulté
croissante à s'adapter à de nouvelles pensées qui assaillent
toujours l'homme une fois passé la cinquantaine. Je ne sais
pas combien de lecteurs de ces lignes seront capables de
comprendre pleinement cette tragédie 7 ».
Nombreux furent ceux qui, en lisant ces paroles d'Einstein,
les prirent pour une lamentation sur son destin personnel. À
cinquante-quatre ans, il savait qu'on le considérait comme
une relique d'une époque révolue, qui refusait de vivre avec
