13. La réalité quantique
« Princeton est un asile de fous » et « Einstein est complètement zinzin 1 », écrivit Robert Oppenheimer. C'était en
janvier 1935 et 1' éminent physicien théoricien américain
avait trente et un ans. Douze ans plus tard, après avoir dirigé
la construction de la bombe atomique, il réintégrerait
l'Institut des études avancées pour prendre en charge
l'« asile de fous » et ses « sommités solipsistes resplendissant
chacune dans sa désolation impuissante 2 ». Einstein acceptait le fait que son attitude critique envers la mécanique
quantique assurait qu'« ici à Princetonje passe pour un vieil
imbécile 3 ».
C'était un sentiment largement partagé par la jeune génération de physiciens qui, ayant grandi avec la théorie, approuvaient le jugement de Paul Dirac, pour qui la mécanique
quantique expliquait « la plus grande partie de la physique et
toute la chimie 4 ».Le fait que quelques vieillards se querellent
encore sur le sens de la théorie ne les troublait guère, vu son
immense succès pratique. À la fin des années 1920, à mesure
que les problèmes de la physique atomique étaient résolus
l'un après l'autre, l'attention se déplaça de l'atome vers le
noyau. Au début des années 1930, la découverte du neutron
par James Chadwick à Cambridge, et les travaux d'Enrico
Fermi et de son équipe à Rome sur les réactions induites par
l'impact des neutrons sur les noyaux ouvrirent la nouvelle
frontière de la physique nucléaire 5 • En 1932,John Cockroft et
« Princeton est un asile de fous » et « Einstein est complètement zinzin 1 », écrivit Robert Oppenheimer. C'était en
janvier 1935 et 1' éminent physicien théoricien américain
avait trente et un ans. Douze ans plus tard, après avoir dirigé
la construction de la bombe atomique, il réintégrerait
l'Institut des études avancées pour prendre en charge
l'« asile de fous » et ses « sommités solipsistes resplendissant
chacune dans sa désolation impuissante 2 ». Einstein acceptait le fait que son attitude critique envers la mécanique
quantique assurait qu'« ici à Princetonje passe pour un vieil
imbécile 3 ».
C'était un sentiment largement partagé par la jeune génération de physiciens qui, ayant grandi avec la théorie, approuvaient le jugement de Paul Dirac, pour qui la mécanique
quantique expliquait « la plus grande partie de la physique et
toute la chimie 4 ».Le fait que quelques vieillards se querellent
encore sur le sens de la théorie ne les troublait guère, vu son
immense succès pratique. À la fin des années 1920, à mesure
que les problèmes de la physique atomique étaient résolus
l'un après l'autre, l'attention se déplaça de l'atome vers le
noyau. Au début des années 1930, la découverte du neutron
par James Chadwick à Cambridge, et les travaux d'Enrico
Fermi et de son équipe à Rome sur les réactions induites par
l'impact des neutrons sur les noyaux ouvrirent la nouvelle
frontière de la physique nucléaire 5 • En 1932,John Cockroft et
