EINSTEIN OUBLIE LA RELATMTÉ
349
lorsque se rassemblèrent les nuages sombres de la tempête
nazie imminente.
Six semaines plus tôt, le 14 septembre, les nazis avaient
obtenu 6,4 millions de voix aux élections du Reichstag.
L'ampleur du vote pro-nazi en stupéfia plus d'un. En mai 1924,
le NSDAP avait remporté trente-deux sièges, et aux élections
de décembre de la même année, quatorze seulement. En
mai 1928, il eut encore moins de succès, avec douze sièges et
812 000 voix. Ce résultat semblait confirmer que les nazis
n'étaient gu'une formation d'extrême-droite marginale parmi
d'autres. A présent, guère plus de deux ans plus tard, ils avaient
multiplié par huit le nombre de leurs électeurs et formaient le
deuxième parti du Reichstag avec cent sept députés 18 •
Einstein n'était pas le seul à croire que «voter Hitler n'est
qu'un symptôme, pas obligatoirement d'une haine antijuive,
mais d'un ressentiment momentané causé par la détresse
économique et le chômage dans les rangs des jeunes Allemands mal avisés 19 ».Or seulement un quart environ de ceux
qui avaient voté NSDAP étaient des jeunes qui votaient pour
la première fois. C'était parmi la vieille génération
d'employés de bureau, de boutiquiers, de modestes hommes
d'affaires, de fermiers protestants dans le Nord, d'artisans, et
d'ouvriers non qualifiés à l'extérieur des centres industriels
que le soutien aux nazis était le plus fort. Ce qui contribua de
manière décisive à changer le paysage politique entre les scrutins de 1928 et de 1930 fut le krach de Wall Street en
octobre 1929.
L'Allemagne fut le pays le plus touché par les ondes de
choc financières émanant de New York. Sa fragile reprise
économique des cinq dernières a~nées avait été alimentée
par des prêts à court terme des Etats-Unis. Désemparés et
perdant de plus en plus d'argent, les établissements financiers
américains exigèrent le remboursement immédiat des prêts
en cours. Le résultat fut une augmentation rapide du nombre
des chômeurs, de 1,3 milli 3 millions en octobre 1930. A l'époque, Einstein ne vit dans le
nazisme rien de plus qu'une «maladie de jeunesse de la
République 20 » qui serait de courte durée. Cette maladie,
toutefois, allait achever une République de Weimar déjà mal
Précédent

- 362/537

Suivant