EINSTEIN OUBLIE LA RELATMTÉ
343
Une photographie montre Einstein et Bohr en train de
marcher ensemble, mais légèrement en décalage. Einstein est
juste devant, comme s'il essayait de fuir. Bohr, la bouche
ouverte, se démène pour le rattraper. Il se penche vers Einstein et tente désespérément de se faire entendre. Bien qu'il
porte sa veste sur le bras gauche, Bohr agite l'index gauche
pour souligner ce qu'il essaie de communiquer. Einstein a les
mains le long du corps, l'une tenant une serviette et l'autre ce
qui est peut-être le cigare de la victoire. Einstein écoute, mais
sa moustache ne peut cacher le discret sourire entendu d'un
homme qui pense qu'il vient d'avoir le dessus. Ce soir-là, dit
Rosenfeld, Bohr avait l'air d'« un chien qui vient de recevoir
une raclée 5 ».
Bohr passa une nuit blanche à examiner toutes les facettes
de l'expérience de pensée d'Einstein. Il mit en pièces la boîte
à lumière imaginaire pour trouver le défaut qu'il espérait
exister. Einstein n'avait ni décrit ni même imaginé les détails
du mécanisme interne de la boîte à lumière, ni le processus
de pesage. Bohr, impatient de comprendre le fonctionnement du dispositif et les mesures qu'il faudrait effectuer,
dessina à cet effet ce qu'il appela un schéma « semi-réaliste »
du dispositif expérimental.
Étant donné qu'il fallait peser la boîte à lumière avant que
l'obturateur soit ouvert à un instant prédéterminé puis après
que le photon s'est échappé, Bohr décida de se concentrer
sur le processus de pesage. Avec peu de temps devant lui et
dans une anxiété croissante, il choisit la méthode la plus
simple. Il suspendit la boîte à lumière à un ressort fixé à une
potence. Pour en faire une balance, Bohr attacha une aiguille
à la boîte à lumière de manière à ce que sa position puisse
être lue sur une échelle fixée au montant vertical de la
potence. Afin de s'assurer que l'aiguille soit positionnée sur le
zéro de l'échelle, Bohr attacha un petit contrepoids au fond
de la boîte. Il n'y avait rien de farfelu dans cette construction : Bohr prévoyait même des vis et des écrous pour fixer la
potence sur un socle et dessina le mécanisme d'horlogerie
contrôlant l'ouverture et la fermeture de l'orifice par lequel
le photon devait s'échapper.
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Une photographie montre Einstein et Bohr en train de
marcher ensemble, mais légèrement en décalage. Einstein est
juste devant, comme s'il essayait de fuir. Bohr, la bouche
ouverte, se démène pour le rattraper. Il se penche vers Einstein et tente désespérément de se faire entendre. Bien qu'il
porte sa veste sur le bras gauche, Bohr agite l'index gauche
pour souligner ce qu'il essaie de communiquer. Einstein a les
mains le long du corps, l'une tenant une serviette et l'autre ce
qui est peut-être le cigare de la victoire. Einstein écoute, mais
sa moustache ne peut cacher le discret sourire entendu d'un
homme qui pense qu'il vient d'avoir le dessus. Ce soir-là, dit
Rosenfeld, Bohr avait l'air d'« un chien qui vient de recevoir
une raclée 5 ».
Bohr passa une nuit blanche à examiner toutes les facettes
de l'expérience de pensée d'Einstein. Il mit en pièces la boîte
à lumière imaginaire pour trouver le défaut qu'il espérait
exister. Einstein n'avait ni décrit ni même imaginé les détails
du mécanisme interne de la boîte à lumière, ni le processus
de pesage. Bohr, impatient de comprendre le fonctionnement du dispositif et les mesures qu'il faudrait effectuer,
dessina à cet effet ce qu'il appela un schéma « semi-réaliste »
du dispositif expérimental.
Étant donné qu'il fallait peser la boîte à lumière avant que
l'obturateur soit ouvert à un instant prédéterminé puis après
que le photon s'est échappé, Bohr décida de se concentrer
sur le processus de pesage. Avec peu de temps devant lui et
dans une anxiété croissante, il choisit la méthode la plus
simple. Il suspendit la boîte à lumière à un ressort fixé à une
potence. Pour en faire une balance, Bohr attacha une aiguille
à la boîte à lumière de manière à ce que sa position puisse
être lue sur une échelle fixée au montant vertical de la
potence. Afin de s'assurer que l'aiguille soit positionnée sur le
zéro de l'échelle, Bohr attacha un petit contrepoids au fond
de la boîte. Il n'y avait rien de farfelu dans cette construction : Bohr prévoyait même des vis et des écrous pour fixer la
potence sur un socle et dessina le mécanisme d'horlogerie
contrôlant l'ouverture et la fermeture de l'orifice par lequel
le photon devait s'échapper.
