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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
En pesant la boîte à lumière avant et après la sortie du
photon, il est facile de calculer la différence de masse. Bien
qu'il ait été impossible de mesurer un changement aussi minuscule avec le matériel disponible en 1930, dans l'univers de
l'expérience imaginaire c'était un jeu d'enfant. En utilisant
E = mt! pour convertir la quantité de masse manquante en une
quantité équivalente d'énergie, il était possible de calculer avec
précision l'énergie du photon échappé. L'instant exact de la
sortie du photon était connu puisque l'horloge du laboratoire
était synchronisée avec celle qui, à l'intérieur de la boîte,
contrôlait l'obturateur. Einstein avait apparemment conçu une
expérience capable de déterminer simultanément l'énergie du
photon et l'instant de sa fuite avec un degré de précision
interdit par le principe d'incertitude de Heisenberg.
«Ç'a vraiment été un choc pour Bohr, se rappela le physicien belge Léon Rosenfeld, qui avait récemment entamé une
collaboration à long terme avec le Danois. Il n'a pas vu la
solution tout de suite 1 • » Tandis que Bohr désespérait de
pouvoir répondre au tout dernier défi d'Einstein, Pauli et
Heisenberg prenaient la chose à la légère. « Allons, allons,
ça va s'arranger 2 », lui disaient-ils. «Il a été extrêmement
malheureux toute la soirée, raconte Rosenfeld. Il allait de
l'un à l'autre et essayait de les persuader que ça ne pouvait
pas être vrai, que ce serait la fin de la physique si Einstein
avait raison, mais il n'a pu produire aucune réfutation 5 • »
Rosenfeld n'était pas invité au congrès Solvay 1930 - il
s'était déplacé à Bruxelles pour rencontrer Bohr. Il n'oublia
jamais la vision des deux adversaires quantiques regagnant
l'hôtel Métropole ce soir-là : « Einstein, grande figure majestueuse, marchait tranquillement, avec un sourire quelque peu
ironique, et Bohr trottait à côté de lui, très excité, soutenant
en vain que la réussite de l'expérience d'Einstein signifierait
la fin de la physiqué. » Pour Einstein, ce n'était ni une fin ni
un commencement. Il se contentait de démontrer ainsi que la
mécanique quantique était incohérente et n'était donc pas,
contrairement aux affirmations de Bohr, une théorie fermée
et complète. Sa toute dernière expérience de pensée était
simplement une tentative pour sauver une physique qui visait
à appréhender une réalité indépendante de l'observateur.
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
En pesant la boîte à lumière avant et après la sortie du
photon, il est facile de calculer la différence de masse. Bien
qu'il ait été impossible de mesurer un changement aussi minuscule avec le matériel disponible en 1930, dans l'univers de
l'expérience imaginaire c'était un jeu d'enfant. En utilisant
E = mt! pour convertir la quantité de masse manquante en une
quantité équivalente d'énergie, il était possible de calculer avec
précision l'énergie du photon échappé. L'instant exact de la
sortie du photon était connu puisque l'horloge du laboratoire
était synchronisée avec celle qui, à l'intérieur de la boîte,
contrôlait l'obturateur. Einstein avait apparemment conçu une
expérience capable de déterminer simultanément l'énergie du
photon et l'instant de sa fuite avec un degré de précision
interdit par le principe d'incertitude de Heisenberg.
«Ç'a vraiment été un choc pour Bohr, se rappela le physicien belge Léon Rosenfeld, qui avait récemment entamé une
collaboration à long terme avec le Danois. Il n'a pas vu la
solution tout de suite 1 • » Tandis que Bohr désespérait de
pouvoir répondre au tout dernier défi d'Einstein, Pauli et
Heisenberg prenaient la chose à la légère. « Allons, allons,
ça va s'arranger 2 », lui disaient-ils. «Il a été extrêmement
malheureux toute la soirée, raconte Rosenfeld. Il allait de
l'un à l'autre et essayait de les persuader que ça ne pouvait
pas être vrai, que ce serait la fin de la physique si Einstein
avait raison, mais il n'a pu produire aucune réfutation 5 • »
Rosenfeld n'était pas invité au congrès Solvay 1930 - il
s'était déplacé à Bruxelles pour rencontrer Bohr. Il n'oublia
jamais la vision des deux adversaires quantiques regagnant
l'hôtel Métropole ce soir-là : « Einstein, grande figure majestueuse, marchait tranquillement, avec un sourire quelque peu
ironique, et Bohr trottait à côté de lui, très excité, soutenant
en vain que la réussite de l'expérience d'Einstein signifierait
la fin de la physiqué. » Pour Einstein, ce n'était ni une fin ni
un commencement. Il se contentait de démontrer ainsi que la
mécanique quantique était incohérente et n'était donc pas,
contrairement aux affirmations de Bohr, une théorie fermée
et complète. Sa toute dernière expérience de pensée était
simplement une tentative pour sauver une physique qui visait
à appréhender une réalité indépendante de l'observateur.
