SOLVAY 1927
335
de deux semaines plus tard, il écrivit à Arnold Sommerfeld que
la mécanique quantique « est peut-être une théorie correcte
des lois statistiques, mais c'est une conception inadéquate des
processus élémentaires individuels 65 ''·
Tandis que Paul Langevin dirait plus tard que « la confusion des idées atteignit son zénith 66 » au congrès Solvay 1927,
Heisenberg estimait que cette réunion des cerveaux fut le
tournant décisif dans l'établissement de l'exactitude de l'interprétation de Copenhague. «je suis à tous égards satisfait des
résultats scientifiques, écrivit-il pendant que le congrès se
terminait. Les opinions de Bohr et les miennes ont été généralement acceptées; du moins personne ne soulève plus d'objections sérieuses, même pas Einstein ou Schrôdinger 67 . » Pour
Heisenberg, Bohr et lui avaient gagné. « Nous pouvions tout
clarifier en utilisant l'ancienne terminologie et en la limitant
par les relations d'incertitude, et obtenir quand même une
image complètement cohérente», se rappela-t-il presque
quarante ans plus tard. Quand on lui demanda qui il entendait par ce «nous», Heisenberg répondit: «je pourrais dire
qu'à l'époque c'était pratiquement Bohr, Pauli et moimême68. »
Bohr ne parla jamais d'une «interprétation de Copenhague», et personne n'utilisa ce terme avant Heisenberg en
1955. Repris par une poignée de sympathisants, il se répandit
rapidement, tant et si bien que pour la plupart des physiciens
« l'interprétation de Copenhague de la mécanique quantique » finit par devenir synonyme de « mécanique quantique». Trois facteurs expliquaient cette dissémination rapide
et l'acceptation de l'« esprit de Copenhague». Le premier
était le rôle décisif de Bohr et de son institut. Inspiré par son
séjour au laboratoire de Rutherford à Manchester quand il
était jeune étudiant post-doctoral, Bohr avait réussi à créer
son propre institut avec le même punch et la conviction que
« tout était possible ».
« L'institut de Bohr devint rapidement le centre mondial
de la physique quantique, et, pour paraphraser les anciens
Romains, "tous les chemins mènent à Blegdamsvej 17" 69 », se
souvint le Russe George Gamow, qui y arriva en été 1928. Le
Kaiser-Wilhelm-Institut de physique théorique dont Einstein
335
de deux semaines plus tard, il écrivit à Arnold Sommerfeld que
la mécanique quantique « est peut-être une théorie correcte
des lois statistiques, mais c'est une conception inadéquate des
processus élémentaires individuels 65 ''·
Tandis que Paul Langevin dirait plus tard que « la confusion des idées atteignit son zénith 66 » au congrès Solvay 1927,
Heisenberg estimait que cette réunion des cerveaux fut le
tournant décisif dans l'établissement de l'exactitude de l'interprétation de Copenhague. «je suis à tous égards satisfait des
résultats scientifiques, écrivit-il pendant que le congrès se
terminait. Les opinions de Bohr et les miennes ont été généralement acceptées; du moins personne ne soulève plus d'objections sérieuses, même pas Einstein ou Schrôdinger 67 . » Pour
Heisenberg, Bohr et lui avaient gagné. « Nous pouvions tout
clarifier en utilisant l'ancienne terminologie et en la limitant
par les relations d'incertitude, et obtenir quand même une
image complètement cohérente», se rappela-t-il presque
quarante ans plus tard. Quand on lui demanda qui il entendait par ce «nous», Heisenberg répondit: «je pourrais dire
qu'à l'époque c'était pratiquement Bohr, Pauli et moimême68. »
Bohr ne parla jamais d'une «interprétation de Copenhague», et personne n'utilisa ce terme avant Heisenberg en
1955. Repris par une poignée de sympathisants, il se répandit
rapidement, tant et si bien que pour la plupart des physiciens
« l'interprétation de Copenhague de la mécanique quantique » finit par devenir synonyme de « mécanique quantique». Trois facteurs expliquaient cette dissémination rapide
et l'acceptation de l'« esprit de Copenhague». Le premier
était le rôle décisif de Bohr et de son institut. Inspiré par son
séjour au laboratoire de Rutherford à Manchester quand il
était jeune étudiant post-doctoral, Bohr avait réussi à créer
son propre institut avec le même punch et la conviction que
« tout était possible ».
« L'institut de Bohr devint rapidement le centre mondial
de la physique quantique, et, pour paraphraser les anciens
Romains, "tous les chemins mènent à Blegdamsvej 17" 69 », se
souvint le Russe George Gamow, qui y arriva en été 1928. Le
Kaiser-Wilhelm-Institut de physique théorique dont Einstein
