SOLVAY 1927
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consultations au sein du groupe, leurs efforts communs
essuyaient une réfutation. De retour au Métropole, pendant
le dîner, Bohr expliquait à Einstein pourquoi sa toute
dernière expérience de pensée n'avait pas réussi à franchir les
limites imposées par le principe d'incertitude. Chaque fois,
Einstein ne pouvait mettre l'interprétation de Copenhague
en défaut, mais on savait, disait Heisenberg, qu'« en son for
intérieur il n'était pas convaincu 55 ».
Au bout de plusieurs jours, se souviendrait plus tard
Heisenberg, « Bohr, Pauli et moi-même savions que nous
pouvions maintenant être sûrs de notre affaire, et qu'Einstein
comprenait qu'on ne pouvait Ras rejeter aussi facilement
l'interprétation de Copenhague 6 ». Mais Einstein ne voulait
pas céder. Même si cela ne traduisait pas l'essence de son
rejet de l'interprétation de Copenhague, il disait: «Dieu ne
joue pas aux dés. » « Mais ça ne peut quand même pas être à
nous de dire à Dieu comment gouverner le monde 57 »,
répliqua Bohr en une occasion. « Einstein, vous me faites
honte, dit Paul Ehrenfest, qui ne plaisantait qu'à moitié. Vous
contestez la nouvelle théorie des quanta exactement comme
vos adversaires contestent la théorie de la relativitë 8 • »
Le seul témoin impartial de ces rencontres entre Einstein
et Bohr au congrès Solvay de 1927 fut Ehrenfest. «L'attitude
d'Einstein suscita d'ardentes discussions au sein d'un cercle
restreint, auxquelles Ehrenfest, devenu au fil des années un
ami intime de nous deux, participait très activement et
utilement 59 », se rappela Bohr. Quelques jours après la fin du
congrès, Ehrenfest écrivit une lettre à ses étudiants de
l'université de Leyde, où il donna une description haute en
couleur des événements de Bruxelles : « Bohr domine tout le
monde, complètement. Au début, il est totalement incompris
(Born était là lui aussi), ensuite, peu à peu, il triomphe de
tout le monde. Naturellement, une fois de plus, l'effroyable
terminologie incantatoire de Bohr. (Le pauvre Lorentz
servant d'interprète entre les Anglais et les Français, qui
étaient absolument incapables de se comprendre. Il résumait
Bohr. Et Bohr répondait avec un désespoir poli.) Toutes les
nuits à 1 heure du matin, Bohr venait dans ma chambre rien
que pour me dire UN SEUL MOT, jusqu'à 3 heures. C'était
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