SOLVAY 1927
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En février 1927, tandis que Bohr s'approchait pas à pas de
la complémentarité, Einstein avait donné une conférence à
Berlin sur la nature de la lumière. Il affirma qu'au lieu d'une
théorie des quanta ou d'une théorie ondulatoire de la
lumière, on avait besoin d'« une synthèse de ces deux
conceptions 28 ».C'était une opinion qu'il avait exprimée pour
la première fois près de vingt ans plus tôt. Là où il avait longtemps espéré voir une sorte de «synthèse», Einstein entendait maintenant Bohr imposer la ségrégation au travers de la
complémentarité. C'était soit les ondes, soit les particules,
selon l'expérience choisie.
Depuis toujours, les scientifiques procédaient à leurs expériences en supposant tacitement qu'ils étaient des observateurs passifs de la nature, capables de regarder sans perturber
ce qu'ils regardaient. Il y avait une distinction parfaitement
tranchée entre l'objet et le sujet, entre l'observateur et
l'observé. D'après l'interprétation de Copenhague, ce n'était
pas vrai dans le domaine atomique, et Bohr identifiait ici ce
qu'il appelait 1' « essence » de la nouvelle physique - le
«postulat quantique 29 ». C'était un terme qu'il avait introduit
pour saisir l'existence de la discontinuité dans la nature due à
l'indivisibilité du quantum. Le postulat quantique, disait
Bohr, ne conduisait pas à une séparation claire de l'observateur et de l'observé. Dans l'exploration de phénomènes
atomiques, l'interaction entre ce qui est mesuré et le matériel
de mesure signifiait, d'après Bohr, qu'« une réalité autonome
au sens physique ordinaire ne peut être attribuée ni au
phénomène ni aux dispositifs d'observationgo ».
La réalité envisagée par Bohr n'existait pas en l'absence de
l'observation. D'après l'interprétation de Copenhague, un
objet microphysique n'a pas de propriétés intrinsèques. Un
électron n'existe pas en un point donné avant qu'une observation ou une mesure soit effectuée pour le localiser. Il ne
possède ni vélocité ni aucun autre attribut physique. Entre les
mesures, cela n'a pas de sens de demander quelle est la position ou la vélocité de l'électron. Puisque la mécanique quantique est muette quant à une réalité physique qui existerait
indépendamment du dispositif de mesure, c'est seulement
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