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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
confondit toutes les langues de la Terre. >> Lorsqu'il regagna
sa place, les rires fusèrent, car ses collègues se rendirent
compte qu'il ne faisait pas seulement allusion à la tour de
Babel biblique. La première séance du débat général débuta
le vendredi après-midi, quand Lorentz, en guise d'introduction, essaya de concentrer les esprits sur les problèmes de la
causalité, du déterminisme et des probabilités. Les événements quantiques avaient-ils ou non des causes ? Ou, selon ses
propres termes : « Ne pourrait-on pas maintenir le déterminisme en en faisant un article de foi ? Faut-il nécessairement
élever l'indéterminisme au rang de principe 24 ? >> N'ayant plus
de réflexions personnelles à proposer, Lorentz invita Bohr à
s'adresser au congrès. Tandis qu'il évoquait les «problèmes
épistémologiques auxquels nous sommes confrontés en
physique quantique 23 >>, il était clair pour tous ses auditeurs
que Bohr tentait de convaincre Einstein de la justesse des
solutions de Copenhague.
Lorsque les actes du congrès furent publiés en français en
décembre 1928, beaucoup prirent la contribution de Bohr,
sur le coup et plus tard, pour l'un des rapports officiels.
Quand on lui demanda une version rédigée de ses propos
pour les inclure dans les actes, Bohr exigea qu'une version
très augmentée de sa conférence de septembre 1927 au
congrès de Côme, qui avait été publiée en avril1928, soit
réimprimée à la place de ses remarques. Bohr étant Bohr, on
accéda à sa requête 26 •
Einstein écouta Bohr exposer sa conviction que la
dualité onde-particule était une caractéristique intrinsèque
de la nature qui ne s'expliquait que dans le cadre de la
complémentarité, et que la complémentarité sous-tendait
le principe d'incertitude, lequel révélait les limites d'applicabilité des concepts classiques. Toutefois, expliqua Bohr,
la capacité à communiquer sans ambiguïté _es résultats
d'expériences explorant l'univers quantique exigeait que
non seulement les observations elles-mêmes, mais aussi le
dispositif expérimental soient décrits dans un langage
« convenablement raffiné par le vocabulaire de la physique
classique 27 >>.
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