SOLVAY 1927
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Cette présentation, comme la rédaction à quatre mains du
rapport, fut un duo. Born, l'homme d'expérience, se chargea
de l'introduction et des sections 1 et II avant de passer la
parole à Heisenberg.« La mécanique quantique, commençait
leur communication, est fondée sur l'intuition que la différence essentielle entre la physique atomique et la physique
classique est la survenance de discontinuités 14 • » Vint ensuite
leur coup de chapeau métaphorique aux collègues assis à
quelques mètres d'eux : ils firent remarquer que la mécanique quantique était essentiellement «une continuation
directe de la théorie des quanta fondée par Planck, Einstein
et Bohr 15 ».
Après une présentation de la mécanique matricielle, de la
théorie de la transformation de Dirac:Jordan et de l'interprétation probabiliste, ils se tournèrent vers le principe
d'incertitude et la « véritable signification de la constante de
Planck, h 16 », Elle n'était rien de moins, affirmaient-ils, que
« la mesure universelle de l'indétermination qui entre dans
les lois de la nature au travers du dualisme des ondes et des
corpuscules». Effectivement, s'il n'y avait pas de dualité ondeparticule de la matière et du rayonnement, il n'y aurait pas de
constante de Planck ni de mécanique quantique. En conclusion, ils énoncèrent l'opinion provocante que «nous considérons la théorie des quanta comme une théorie close, dont les
hypothèses physiques et mathématiques fondamentales ne
sont plus susceptibles d'être modifiées 17 ».
Cette clôture impliquait que nul développement futur ne
modifierait jamais aucune des caractéristiques fondamentales
de la théorie. Pareille prétention d'une complétude et d'une
finalité attribuées à la mécanique quantique était plus qu'Einstein n'en pouvait tolérer. Pour lui, la mécanique quantique
était certes une réussite impressionnante, mais elle n'était pas
encore la vérité. Refusant de mordre à l'hameçon, Einstein ne
participa pas à la discussion qui suivit la présentation du
rapport. Et personne ne souleva non plus d'objections lorsque
seuls Born, Dirac, Lorentz et Bohr s'exprimèrent.
Sentant confusément l'incrédulité d'Einstein devant l'audacieuse affirmation de Born-Heisenberg d'une mécanique
quantique comme théorie close sur elle-même, Paul Ehren-
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