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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
«J'ai vraiment honte d'avoir donné l'impression d'avoir été
tout à fait ingrat 80 », écrivit Heisenberg à Bohr à la mijuin,
peu après que Pauli fut passé à Copenhague. Deux mois plus
tard, toujours en proie au remords, il expliqua à Bohr qu'il
réfléchissait «presque chaque jour à manière dont les choses
se sont produites et je suis confus de n'avoir rien fait pour
qu'il en soit autrement 81 ». Son avenir professionnel était le
facteur déterminant de sa hâte de publier. Lorsqu'il avait
refusé le poste de professeur à Leipzig pour aller à Copen·
hague, Heisenberg était persuadé que, s'il continuait à
produire de « bons articles 8 », les universités le solliciteraient.
Après la publication du mémoire sur les relations d'incertitude, les propositions commencèrent d'arriver. Craignant
que Bohr ne se méprenne sur ses intentions, Heisenberg
s'empressa de lui expliquer qu'il n'avait pas encouragé
d'admirateurs potentiels à cause de leur récente querelle sur
le principe d'incertitude. Heisenberg, qui n'avait pas encore
vingt-six ans, devint le plus jeune professeur titulaire des
universités allemandes quand il accepta une nouvelle proposi·
tion de l'université de Leipzig. Il quitta Copenhague fin juin.
La vie à l'institut avait déjà retrouvé son cours normal et Bohr
continuait de dicter avec une douloureuse lenteur son article
sur la complémentarité et ses implications pour l'interpréta·
tion de la mécanique quantique.
Il y travaillait avec acharnement depuis avril, et Oskar
Klein, un Suédois de trente-deux ans attaché à l'institut, fut la
personne vers qui Bohr se tourna pour chercher de l'aide.
Tandis que la polémique sur l'incertitude et la complémenta·
rité faisait rage, Hendrik Kramers, l'ancien assistant de Bohr,
avertit Klein: «Ne vous impliquez pas dans ce conflit, nous
sommes tous les deux trop gentils et trop doux pour participer à ce genre d'affrontement 83 • » Lorsque Heisenberg
apprit que Bohr, aidé par Klein, rédigeait un article sur la
base «de l'existence des ondes et des particules», il écrivit
sur un ton plutôt méprisant à Pauli : « Quand on commence
comme ça, alors, bien sûr, on peut rendre tout cohérent 84 • »
Les brouillons se succédaient, et le titre initial, « Les fondements philosophiques de la théorie des quanta » devint « Le
postulat quantique et le développement récent de la théorie
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