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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
«que nulle obseiVation de phénomènes atomiques n'est
possible sans qu'ils soient substantiellement perturbés 70 ».
Toutefois, Bohr croyait que l'origine de la perturbation ne
résidait pas dans l'action de mesurer mais dans le fait que
l'expérimentateur soit obligé de choisir un aspect de la
dualité onde-particule pour effectuer cette mesure. L'incertitude, affirmait-il, était le prix exigé par la nature pour faire ce
choix.
À la mi-avri11927, tandis qu'il travaillait à la formulation
d'une interprétation cohérente de la mécanique quantique à
l'intérieur du cadre conceptuel fourni par la complémentarité, Bohr envoya à Einstein, à l'instigation de Heisenberg luimême, une copie de son article sur le principe d'incertitude.
Dans la lettre qui l'accompagnait, Bohr écrivait que c'était
une « contribution très importante à la discussion de
problèmes généraux de la théorie des quanta 71 >>.Son admiration encore intacte en dépit de leurs affrontements permanents et parfois passionnés, Bohr informa Einstein que
« Heisenberg montre d'une manière excessivement brillante
comment ses relations d'incertitude peuvent être utilisées
non seulement dans le développement réel de la théorie
des quanta, mais aussi pour l'évaluation de son contenu
visualisable 72 >>. Il donna ensuite les grandes lignes de
certaines de ses propres idées émergentes, qui éclaireraient
«les difficultés de la théorie des quanta [qui] sont liées aux
concepts, ou plutôt aux termes qui sont utilisés dans la
description habituelle de la nature, et qui ont toujours leur
origine dans les théories classiques 73 >>. Pour une raison
inconnue, Einstein choisit néanmoins de ne pas répondre.
Si Heisenberg espérait une réaction d'Einstein, il dut être
déçu en rentrant à Copenhague fin avril après avoir passé les
vacances de Pâques chez lui à Munich et en randonnée dans
les montagnes bavaroises. C'était une pause très nécessaire vu
la pression constante à laquelle Bohr le soumettait pour qu'il
adhère à son interprétation. « Etje me retrouve donc dans la
bataille pour les matrices et contre les ondes, écrivit Heisenberg à Pauli le 31 mai, le jour où parut son article de vingtsept pages. Dans l'ardeur de cette lutte, j'ai souvent critiqué
trop vivement les objections émises par Bohr à l'encontre de
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