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LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
en recourant au langage et aux concepts de la physique classique.
Puisque la physique classique n'était pas vraie au niveau
atomique, suggérait Heisenberg, pourquoi devrait-on conserver
ces concepts ? « Pourquoi ne dirions-nous pas carrément que
nous ne pouvons utiliser ces concepts avec une très grande
précision - d'où les relations d'incertitude -, et donc que
nous sommes obligés d'abandonner ces concepts dans une
certaine mesure 66 ? » se rappela-t-il des années plus tard en
tentant d'expliquer son opinion au printemps 1927. S'agissant du quantum, « il nous faut prendre conscience que notre
terminologie n'est pas adaptée». Si les mots sont impuissants,
alors la seule option raisonnable pour Heisenberg était de se
réfugier dans le formalisme de la mécanique quantique.
Après tout, soutenait-il, « un nouveau système mathématique
n'est pas plus mal qu'autre chose, parce que ce nouveau
système mathématique nous dira alors ce qu'il peut y avoir làbas et ce qu'il peut ne pas y avoir 67 ».
Bohr n'était pas convaincu. Rassembler toutes les informations sur l'univers quantique, soulignait-il, implique d'effectuer une expérience dont les résultats sont enregistrés par des
éclairs fugitifs sur un écran, ou par les tops d'un compteur
Geiger, ou encore par les mouvements d'une aiguille sur le
cadran d'un voltmètre ou d'un dispositif du même genre.
Pareils instruments relèvent de l'univers quotidien du laboratoire de physique, mais ce sont les seuls moyens par lesquels
on peut agrandir, mesurer et enregistrer un événement au
niveau quantique. C'est l'interaction entre un instrument de
laboratoire et un objet microphysique, une particule alpha ou
un électron, qui déclenche le top d'un compteur Geiger ou
fait bouger l'aiguille d'un voltmètre.
Toute interaction de ce type implique l'échange d'au
moins un quantum d'énergie, avec comme con"équence, dit
Bohr, « l'impossibilité de toute distinction tranchée entre le
comportement d'objets atomiques et les interactions avec les
instruments de mesure qui servent à définir les conditions
dans lesquelles apparaissent les phénomènes 68 ». Autrement
dit, il n'était plus possible de faire la séparation qui existait en
physique classique entre l'observateur et l'objet observé, entre
LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
en recourant au langage et aux concepts de la physique classique.
Puisque la physique classique n'était pas vraie au niveau
atomique, suggérait Heisenberg, pourquoi devrait-on conserver
ces concepts ? « Pourquoi ne dirions-nous pas carrément que
nous ne pouvons utiliser ces concepts avec une très grande
précision - d'où les relations d'incertitude -, et donc que
nous sommes obligés d'abandonner ces concepts dans une
certaine mesure 66 ? » se rappela-t-il des années plus tard en
tentant d'expliquer son opinion au printemps 1927. S'agissant du quantum, « il nous faut prendre conscience que notre
terminologie n'est pas adaptée». Si les mots sont impuissants,
alors la seule option raisonnable pour Heisenberg était de se
réfugier dans le formalisme de la mécanique quantique.
Après tout, soutenait-il, « un nouveau système mathématique
n'est pas plus mal qu'autre chose, parce que ce nouveau
système mathématique nous dira alors ce qu'il peut y avoir làbas et ce qu'il peut ne pas y avoir 67 ».
Bohr n'était pas convaincu. Rassembler toutes les informations sur l'univers quantique, soulignait-il, implique d'effectuer une expérience dont les résultats sont enregistrés par des
éclairs fugitifs sur un écran, ou par les tops d'un compteur
Geiger, ou encore par les mouvements d'une aiguille sur le
cadran d'un voltmètre ou d'un dispositif du même genre.
Pareils instruments relèvent de l'univers quotidien du laboratoire de physique, mais ce sont les seuls moyens par lesquels
on peut agrandir, mesurer et enregistrer un événement au
niveau quantique. C'est l'interaction entre un instrument de
laboratoire et un objet microphysique, une particule alpha ou
un électron, qui déclenche le top d'un compteur Geiger ou
fait bouger l'aiguille d'un voltmètre.
Toute interaction de ce type implique l'échange d'au
moins un quantum d'énergie, avec comme con"équence, dit
Bohr, « l'impossibilité de toute distinction tranchée entre le
comportement d'objets atomiques et les interactions avec les
instruments de mesure qui servent à définir les conditions
dans lesquelles apparaissent les phénomènes 68 ». Autrement
dit, il n'était plus possible de faire la séparation qui existait en
physique classique entre l'observateur et l'objet observé, entre
