INCERTITUDE À COPENHAGUE
295
et une physique à base de particules exactement comme
Heisenberg abhorrait une physique qui accueillait les ondes
et la continuité. Armé du principe d'incertitude et de ce qu'il
estimait être la seule interprétation correcte de la mécanique
quantique, Heisenberg partit à l'attaque en reléguant
Schrôdinger dans une note de bas de page : << Schrôdinger
décrit la mécanique quantique comme une théorie formelle
d'une abstraction effrayante, voire répugnante, et qu'on ne
peut aucunement se représenter. On ne peut certes pas surestimer la valeur de la maîtrise mathématique (et, en l'occurrence, physique) des lois de la mécanique quantique rendue
possible par la théorie de Schrôdinger. Toutefois, sur le plan
d'interprétation et des principes physiques, la conception
populaire de la mécanique ondulatoire nous a en réalité, ce
me semble, détournés précisément des voies indiquées par les
articles d'Einstein et de de Broglie d'une part, et par les articles de Bohr et la mécanique quantique [ = la mécanique
matricielle] d'autre part 59 • »
Le 22 mars 1927, Heisenberg envoya son article, «Sur le
contenu perceptuel de la cinématique et de la mécanique
quantiques», au Zeitschrift Jür Physik, la revue favorite des
théoriciens des quanta 60 • <
Pauli deux semaines plus tard. En exagérant un aspect ou un
autre, on peut discuter de pas mal de choses sans rien dire de
nouveau 61 • » Heisenberg, qui croyait avoir réglé définitivement leur compte à Schrôdinger et à la mécanique ondulatoire, affrontait maintenant un adversaire bien plus tenace.
Tandis qu'à Copenhague Heisenberg s'affairait à explorer
les conséquences du principe d'incertitude, Bohr, sur les
pistes enneigées, eut l'intuition de la complémentarité. Pour
lui, ce n'était pas une simple théorie, mais le cadre conceptuel- jusqu'ici manquant- nécessaire pour décrire la nature
insolite de l'univers quantique. La complémentarité, estimait
Bohr, pouvait héberger la nature paradoxale de la dualité
onde-particule. Les propriétés ondulatoires et corpusculaires
des électrons et des photons, de la matière et du rayonnement, étaient des aspects mutuellement exclusifs mais
295
et une physique à base de particules exactement comme
Heisenberg abhorrait une physique qui accueillait les ondes
et la continuité. Armé du principe d'incertitude et de ce qu'il
estimait être la seule interprétation correcte de la mécanique
quantique, Heisenberg partit à l'attaque en reléguant
Schrôdinger dans une note de bas de page : << Schrôdinger
décrit la mécanique quantique comme une théorie formelle
d'une abstraction effrayante, voire répugnante, et qu'on ne
peut aucunement se représenter. On ne peut certes pas surestimer la valeur de la maîtrise mathématique (et, en l'occurrence, physique) des lois de la mécanique quantique rendue
possible par la théorie de Schrôdinger. Toutefois, sur le plan
d'interprétation et des principes physiques, la conception
populaire de la mécanique ondulatoire nous a en réalité, ce
me semble, détournés précisément des voies indiquées par les
articles d'Einstein et de de Broglie d'une part, et par les articles de Bohr et la mécanique quantique [ = la mécanique
matricielle] d'autre part 59 • »
Le 22 mars 1927, Heisenberg envoya son article, «Sur le
contenu perceptuel de la cinématique et de la mécanique
quantiques», au Zeitschrift Jür Physik, la revue favorite des
théoriciens des quanta 60 • <
autre, on peut discuter de pas mal de choses sans rien dire de
nouveau 61 • » Heisenberg, qui croyait avoir réglé définitivement leur compte à Schrôdinger et à la mécanique ondulatoire, affrontait maintenant un adversaire bien plus tenace.
Tandis qu'à Copenhague Heisenberg s'affairait à explorer
les conséquences du principe d'incertitude, Bohr, sur les
pistes enneigées, eut l'intuition de la complémentarité. Pour
lui, ce n'était pas une simple théorie, mais le cadre conceptuel- jusqu'ici manquant- nécessaire pour décrire la nature
insolite de l'univers quantique. La complémentarité, estimait
Bohr, pouvait héberger la nature paradoxale de la dualité
onde-particule. Les propriétés ondulatoires et corpusculaires
des électrons et des photons, de la matière et du rayonnement, étaient des aspects mutuellement exclusifs mais
