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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
quelques jours avant de se rencontrer pour discuter de
l'article sur le principe d'incertitude. Bohr escomptait que
Heisenberg, ayant eu le temps de se calmer, entende enfin
raison et récrive l'article en conséquence. Or il refusa de
procéder à quelque changement que ce soit. « Bohr a essayé
d'expliquer que ce n'était pas bien, et que je ne devrais pas
publier l'article 57 », dira plus tard Heisenberg. «Je me
souviens que ça s'est terminé quand j'ai fondu en larmes
parce que je ne pouvais carrément pas supporter cette pression de la part de Bohr 8 • »Les enjeux étaient trop gros pour
que Heisenberg puisse accepter de procéder aux modifications exigées.
Sa réputation d'enfant prodige de la physique reposait sur
sa découverte de la mécanique matricielle à l'âge de vingtquatre ans. La popularité grandissante de la mécanique ondulatoire de Schrôdinger menaçait de faire ombre à cette stupéfiante prouesse, et même d'en saper les fondements.
Heisenberg ne tarda pas à se plaindre du nombre croissant
d'articles qui se contentaient de reformuler dans le langage
de la mécanique ondulatoire des résultats d'abord obtenus en
utilisant des méthodes matricielles. Bien qu'il ait lui aussi
utilisé la rivale de la mécanique matricielle comme ensemble
bien pratique d'outils mathématiques pour calculer le spectre
de l'hélium, Heisenberg nourrissait l'espoir de claquer la
porte sur l'interprétation ondulatoire de Schrôdinger et sur
sa prétention d'avoir restauré la continuité. Avec la découverte du principe d'incertitude et de l'interprétation, fondée
sur les particules et la discontinuité, qu'il en avait faite,
Heisenberg croyait avoir fermé la porte et l'avoir verrouillée.
Il pleura de frustration en essayant d'empêcher Bohr de la
rouvrir.
Heisenberg était convaincu que ses perspectives d'avenir
étaient intimement liées à la question de savoir si c'étaient
des particules ou des ondes, la discontinuité ou la continuité
qui finiraient par s'imposer dans le domaine atomique. Il
voulait publier le plus tôt possible et contester l'opinion de
Schrôdinger pour qui la mécanique matricielle était unanschaulich ( « invisualisable »), impossible à se représenter, et donc
physiquement intenable. Schrôdinger détestait la discontinuité
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
quelques jours avant de se rencontrer pour discuter de
l'article sur le principe d'incertitude. Bohr escomptait que
Heisenberg, ayant eu le temps de se calmer, entende enfin
raison et récrive l'article en conséquence. Or il refusa de
procéder à quelque changement que ce soit. « Bohr a essayé
d'expliquer que ce n'était pas bien, et que je ne devrais pas
publier l'article 57 », dira plus tard Heisenberg. «Je me
souviens que ça s'est terminé quand j'ai fondu en larmes
parce que je ne pouvais carrément pas supporter cette pression de la part de Bohr 8 • »Les enjeux étaient trop gros pour
que Heisenberg puisse accepter de procéder aux modifications exigées.
Sa réputation d'enfant prodige de la physique reposait sur
sa découverte de la mécanique matricielle à l'âge de vingtquatre ans. La popularité grandissante de la mécanique ondulatoire de Schrôdinger menaçait de faire ombre à cette stupéfiante prouesse, et même d'en saper les fondements.
Heisenberg ne tarda pas à se plaindre du nombre croissant
d'articles qui se contentaient de reformuler dans le langage
de la mécanique ondulatoire des résultats d'abord obtenus en
utilisant des méthodes matricielles. Bien qu'il ait lui aussi
utilisé la rivale de la mécanique matricielle comme ensemble
bien pratique d'outils mathématiques pour calculer le spectre
de l'hélium, Heisenberg nourrissait l'espoir de claquer la
porte sur l'interprétation ondulatoire de Schrôdinger et sur
sa prétention d'avoir restauré la continuité. Avec la découverte du principe d'incertitude et de l'interprétation, fondée
sur les particules et la discontinuité, qu'il en avait faite,
Heisenberg croyait avoir fermé la porte et l'avoir verrouillée.
Il pleura de frustration en essayant d'empêcher Bohr de la
rouvrir.
Heisenberg était convaincu que ses perspectives d'avenir
étaient intimement liées à la question de savoir si c'étaient
des particules ou des ondes, la discontinuité ou la continuité
qui finiraient par s'imposer dans le domaine atomique. Il
voulait publier le plus tôt possible et contester l'opinion de
Schrôdinger pour qui la mécanique matricielle était unanschaulich ( « invisualisable »), impossible à se représenter, et donc
physiquement intenable. Schrôdinger détestait la discontinuité
