INCERTITUDE À COPENHAGUE
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décrivit dans une lettre à Heisenberg comme un « point
sombre». Pauli avait trouvé que, lorsque des électrons
entrent en collision, leurs quantités de mouvement respectives « doivent être considérées comme contrôlées » et leurs
positions comme« incontrôlées 49 ».Un changement probable
affectant la quantité de mouvement était accompagné d'un
changement de position simultané mais non déterminable.
Pauli avait découvert qu'on ne pouvait pas «poser simultanément la question 50 » de la quantité de mouvement p et de la
position q. « On peut voir le monde avec l'œil p et on peut le
voir avec l'œil q, soulignait-il, mais si on ouvre les deux yeux
à la fois, on s' égare 51 • »
Le 23 février 1927, Heisenberg écrivit à Pauli une lettre de
quatorze pages résumant ses travaux sur le principe d'incertitude. Heisenberg comptait par-dessus tout sur le jugement
critique du « Courroux de Dieu » viennois. « Le jour se lève
sur la théorie des quanta 52 », répondit Pauli. Tous les doutes
qui pouvaient subsister se dissipèrent et, le 9 mars, Heisenberg transforma le contenu de sa lettre en un article prêt à
être publié. C'est alors seulement qu'il écrivit à Bohr en
Norvège: «Je crois avoir réussi à traiter le cas où aussi bien
[la quantité de mouvement] p que [la position] q sont
donnés avec une certaine précision [ ... ],j'ai rédigé un Rrojet
d'article sur ces problèmes, que j'ai envoyé hier à Pauli~. »
Heisenberg choisit de ne communiquer à Bohr ni une
copie de l'article ni des détails de ce qu'il avait fait- c'est dire
à quel point la tension était montée entre eux. «Je voulais
avoir la réaction de Pauli avant le retour de Bohr, parce que,
encore une fois,j'avais l'impression que, lorsque Bohr rentrerait, mon interprétation le mettrait en colère, expliqua-t-il
plus tard. Je voulais donc d'abord trouver un appui et voir si
[l'article] plairait à quelqu'un d'autre 54 • » Le 15 mars, cinq
jours après que la lettre fut postée, Bohr était de retour à
Copenhague.
Ragaillardi par un mois de ski en Norvège, Bohr régla
d'abord des affaires pressantes concernant l'institut avant de
lire attentivement l'article de Heisenberg. Lorsque les deux
hommes se rencontrèrent pour en discuter, Heisenberg fut
horrifié d'entendre Bohr dire qu'il n'était «pas tout à fait
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