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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
entre les deux observations, et donc qu'il a décrit une sorte
de trajectoire ou d'orbite même s'il risque d'être impossible
de savoir laquelle 48 • » C'est peut-être tentant, mais, pour
Heisenberg, la notion classique de la trajectoire d'un électron
comme cheminement continu dans l'espace n'est pas justifiée. Une trajectoire d'électron observée dans une chambre
de Wilson «ressemble» à une trajectoire, mais elle n'est rien
de plus qu'une série de gouttelettes d'eau abandonnées dans
son sillage.
Heisenberg essayait désespérément de comprendre le type
de questions auxquelles il était possible de répondre par voie
expérimentale après sa découverte du principe d'incertitude.
Un dogme fondamental tacitement accepté de la physique
classique était qu'un objet en mouvement possédait à la fois
une localisation précise dans l'espace à un instant donné et
une quantité de mouvement précise indépendamment de
toute mesure. À partir du fait qu'on ne peut mesurer à la fois
la position et la quantité de mouvement d'un électron avec
une précision absolue au même instant, Heisenberg affirmait
que l'électron ne possède pas simultanément de valeurs
précises pour sa « position » et sa « quantité de mouvement ».
Parler comme s'il en possédait ou comme s'il avait une
«trajectoire» n'a pas de sens. Il ne sert à rien de spéculer sur
la nature de la réalité qui se trouverait au-delà du domaine
des observations expérimentales.
Des années plus tard, Heisenberg souligna à maintes
reprises que le moment où il se rappela sa conversation avec
Einstein à Berlin fut le tournant crucial de son cheminement
vers le principe d'incertitude. Or, tandis qu'il avançait sur
cette route de la découverte qui se termina dans les profondeurs d'une nuit d'hiver à Copenhague, d'autres avaient fait
une partie du chemin avec lui. Son compagnon de route le
plus estimé et le plus influent ne fut pas Bohr, mais Wolfgang
Pauli.
Tandis que Schrôdinger, Bohr et Heisenberg discutaient
ferme à Copenhague en octobre 1926, à Hambourg, Pauli
examinait tranquillement la collision de deux électrons. Aidé
par l'interprétation probabiliste de Born, il découvrit ce qu'il
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