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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Tout en travaillant avec Bohr, Heisenberg donnait deux
cours de physique théorique par semaine à l'université, et en
danois. Il n'était guère plus vieux que ses étudiants, et l'un
d'eux ne pouvait à peine croire qu'« il était si intelligent
puisqu'il ressemblait à un apprenti menuisier rlutôt doué qui
sortait d'un stage à l'Institut polytechnique 2 ». Heisenberg
s'adapta vite au rythme de la vie à l'institut, et passa d'agréables week-ends à faire de la voile, des promenades à cheval et
des randonnées avec ses nouveaux collègues. Mais il y eut de
moins en moins de temps pour ces activités après la visite de
Schrôdinger début octobre 1926.
Schrôdinger et Bohr n'avaient pu se mettre d'accord sur
l'interprétation physique du formalisme de la mécanique tant
matricielle qu'ondulatoire. Heisenberg constata à quel point
Bohr était maintenant « terriblement impatient d'aller au
fond du problème 21 ». Dans les mois qui suivirent, l'interprétation de la mécanique quantique fut l'unique sujet de
conversation entre Bohr et son jeune apprenti tandis qu'ils
essayaient de réconcilier la théorie et les données de l' expérience. << Bohr venait souvent dans ma chambre tard le soir
pour me parler des difficultés de la théorie des quanta qui
nous torturaient tous les deux 22 », se rappela Heisenberg des
années plus tard. Rien ne le faisait plus souffrir que la dualité
onde-particule. Comme disait Einstein à Ehrenfest: «D'un
côté les ondes, de l'autre les quanta! La réalité de chacun est
ferme comme le roc. Mais le diable fait un quatrain avec (et
qui rime, en plus) 23 • »
En physique classique, un objet peut être soit une particule,
soit une onde ; il ne peut être les deux. Heisenberg avait
utilisé les particules et Schrôdinger les ondes quand ils
avaient découvert leurs versions respectives de la mécanique
quantique. Même la démonstration que mécanique matricielle et mécanique ondulatoire étaient mathématiquement
équivalentes n'avait pas encore débouché sur une compréhension plus profonde de la dualité onde-particule. Le cœur
de tout le problème, dit Heisenberg, était que personne ne
pouvait répondre aux questions : « Un électron est-il maintenant une onde ou une particule, et comment se comporte-t-il
si je fais ceci ou cela, etc. 24 ? » Plus Bohr et Heisenberg réflé-
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Tout en travaillant avec Bohr, Heisenberg donnait deux
cours de physique théorique par semaine à l'université, et en
danois. Il n'était guère plus vieux que ses étudiants, et l'un
d'eux ne pouvait à peine croire qu'« il était si intelligent
puisqu'il ressemblait à un apprenti menuisier rlutôt doué qui
sortait d'un stage à l'Institut polytechnique 2 ». Heisenberg
s'adapta vite au rythme de la vie à l'institut, et passa d'agréables week-ends à faire de la voile, des promenades à cheval et
des randonnées avec ses nouveaux collègues. Mais il y eut de
moins en moins de temps pour ces activités après la visite de
Schrôdinger début octobre 1926.
Schrôdinger et Bohr n'avaient pu se mettre d'accord sur
l'interprétation physique du formalisme de la mécanique tant
matricielle qu'ondulatoire. Heisenberg constata à quel point
Bohr était maintenant « terriblement impatient d'aller au
fond du problème 21 ». Dans les mois qui suivirent, l'interprétation de la mécanique quantique fut l'unique sujet de
conversation entre Bohr et son jeune apprenti tandis qu'ils
essayaient de réconcilier la théorie et les données de l' expérience. << Bohr venait souvent dans ma chambre tard le soir
pour me parler des difficultés de la théorie des quanta qui
nous torturaient tous les deux 22 », se rappela Heisenberg des
années plus tard. Rien ne le faisait plus souffrir que la dualité
onde-particule. Comme disait Einstein à Ehrenfest: «D'un
côté les ondes, de l'autre les quanta! La réalité de chacun est
ferme comme le roc. Mais le diable fait un quatrain avec (et
qui rime, en plus) 23 • »
En physique classique, un objet peut être soit une particule,
soit une onde ; il ne peut être les deux. Heisenberg avait
utilisé les particules et Schrôdinger les ondes quand ils
avaient découvert leurs versions respectives de la mécanique
quantique. Même la démonstration que mécanique matricielle et mécanique ondulatoire étaient mathématiquement
équivalentes n'avait pas encore débouché sur une compréhension plus profonde de la dualité onde-particule. Le cœur
de tout le problème, dit Heisenberg, était que personne ne
pouvait répondre aux questions : « Un électron est-il maintenant une onde ou une particule, et comment se comporte-t-il
si je fais ceci ou cela, etc. 24 ? » Plus Bohr et Heisenberg réflé-
