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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
utilisées dans les théories. « Le phénomène observé détermine certains événements dans notre dispositif de mesure, dit
Einstein. Ce qui introduit de nouveaux processus dans ce
dispositif, lesquels, par des cheminements complexes, finissent par créer des impressions sensorielles et contribuent à en
fixer les effets dans notre conscience 10 • » « Ces effets, affirmait
Einstein, dépendent de nos théories. Et dans votre théorie,
dit-il à Heisenberg, vous supposez très manifestement que
tout le mécanisme de la transmission de la lumière, depuis
l'atome en vibration jusqu'au spectroscope ou l'œil humain,
fonctionne exactement comme il est censé le faire depuis
toujours, c'est-à-dire essentiellement selon la loi de Maxwell.
Si ce n'était plus le cas, vous ne pourriez plus observer
aucune des grandeurs que vous qualifiez d'observables 11 • »
«Votre assertion selon laquelle vous n'introduisez que des
grandeurs observables est par conséquent une hypothèse
portant sur une propriété de la théorie que vous essayez de
formuler 12 • » «J'étais totalement déconcerté par l'attitude
d'Einstein, bien que je trouve ses arguments convaincants 13 »,
avoua plus tard Heisenberg.
Quand il était encore à l'Office des brevets, Einstein avait
étudié l'œuvre du physicien Ernst Mach, pour qui le but de la
science n'était pas de discerner la nature de la réalité, mais de
décrire des données expérimentales - les «faits» - aussi
succinctement que possible. Tout concept scientifique devait
être compris sous l'angle de sa définition opérationnelle -
une prescription de la manière dont il pouvait être mesuré.
C'est effectivement sous l'influence de cette philosophie
qu'Einstein contesta les concepts, établis de longue date, d'un
espace et d'un temps absolus. Mais un Einstein plus mûr et
plus sage avait depuis longtemps abandonné la démarche de
Mach, comme il l'expliqua à Heisenberg, parce qu'elle
« néglige pour ainsi dire le fait que le monde existe réellement, que nos impressions sensorielles sont fondées sur
quelque chose d'objectif 14 ».
En quittant l'appartement, déçu de n'avoir pu convaincre
Einstein, Heisenberg avait besoin de prendre une décision
qui pourrait avoir des répercussions durables sur son avenir.
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
utilisées dans les théories. « Le phénomène observé détermine certains événements dans notre dispositif de mesure, dit
Einstein. Ce qui introduit de nouveaux processus dans ce
dispositif, lesquels, par des cheminements complexes, finissent par créer des impressions sensorielles et contribuent à en
fixer les effets dans notre conscience 10 • » « Ces effets, affirmait
Einstein, dépendent de nos théories. Et dans votre théorie,
dit-il à Heisenberg, vous supposez très manifestement que
tout le mécanisme de la transmission de la lumière, depuis
l'atome en vibration jusqu'au spectroscope ou l'œil humain,
fonctionne exactement comme il est censé le faire depuis
toujours, c'est-à-dire essentiellement selon la loi de Maxwell.
Si ce n'était plus le cas, vous ne pourriez plus observer
aucune des grandeurs que vous qualifiez d'observables 11 • »
«Votre assertion selon laquelle vous n'introduisez que des
grandeurs observables est par conséquent une hypothèse
portant sur une propriété de la théorie que vous essayez de
formuler 12 • » «J'étais totalement déconcerté par l'attitude
d'Einstein, bien que je trouve ses arguments convaincants 13 »,
avoua plus tard Heisenberg.
Quand il était encore à l'Office des brevets, Einstein avait
étudié l'œuvre du physicien Ernst Mach, pour qui le but de la
science n'était pas de discerner la nature de la réalité, mais de
décrire des données expérimentales - les «faits» - aussi
succinctement que possible. Tout concept scientifique devait
être compris sous l'angle de sa définition opérationnelle -
une prescription de la manière dont il pouvait être mesuré.
C'est effectivement sous l'influence de cette philosophie
qu'Einstein contesta les concepts, établis de longue date, d'un
espace et d'un temps absolus. Mais un Einstein plus mûr et
plus sage avait depuis longtemps abandonné la démarche de
Mach, comme il l'expliqua à Heisenberg, parce qu'elle
« néglige pour ainsi dire le fait que le monde existe réellement, que nos impressions sensorielles sont fondées sur
quelque chose d'objectif 14 ».
En quittant l'appartement, déçu de n'avoir pu convaincre
Einstein, Heisenberg avait besoin de prendre une décision
qui pourrait avoir des répercussions durables sur son avenir.
