INCERTITUDE À COPENHAGUE
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d'électrons à l'intérieur de l'atome, et vous avez probablement raison de le faire, dit Einstein. Mais vous refusez d'envisager leurs orbites, alors même que nous pouvons observer
des trajectoires d'électrons dans une chambre de Wilson.
J'aimerais beaucoup en savoir plus sur les raisons qui vous
incitent à émettre pareilles hypothèses 4 • » C'était exactement
ce qu'avait espéré Heisenberg- une chance de gagner Einstein à sa cause.
«Nous ne pouvons observer les orbites des électrons à
l'intérieur de l'atome, répondit Heisenberg, mais le rayonnement qu'un atome émet lors des décharges nous permet de
déduire les fréquences de ses électrons et les amplitudes
correspondantes 5 • » Prenant de l'assurance, il expliqua que
« puisqu'une bonne théorie doit se fonder sur des grandeurs
directement observables, j'ai estimé plus correct de m'en
tenir à celles-ci, en les traitant, pour ainsi dire, comme représentatives des orbites des électrons 6 », «Mais vous ne croyez
pas sérieusement, protesta Einstein, que seules les grandeurs
observables doivent figurer dans une théorie physique 7 ? »
Cette question s'attaquait aux bases mêmes sur lesquelles
Heisenberg avait édifié sa nouvelle mécanique. « N'est-ce pas
précisément ce que vous avez fait avec la relativité ? » répliqua
Heisenberg. «Un bon truc ne devrait pas être utilisé deux
fois, dit Einstein en souriant. Il se peut que j'aie recouru à
cette sorte de raisonnement, admit-il, mais c'est quand même
une absurditë. » Bien qu'il puisse être heuristiquement utile
de garder à l'esprit ce qu'on a réellement observé, il soutint
qu'en principe «c'est une grande erreur que d'essayer de
fonder une théorie sur les seules grandeurs observables. En
réalité, c'est exactement le contraire qui se produit. C'est la
théorie qui décide de ce que nous pouvons observer 9 ».
Qu'entendait Einstein par là?
Presque un siècle auparavant, le philosophe français
Auguste Comte avait soutenu que, si toute théorie doit se
fonder sur l'observation, l'esprit a également besoin d'une
théorie pour effectuer des observations. Einstein essaya
d'expliquer que l'observation était un processus complexe
impliquant des présuppositions sur les phénomènes qui sont
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d'électrons à l'intérieur de l'atome, et vous avez probablement raison de le faire, dit Einstein. Mais vous refusez d'envisager leurs orbites, alors même que nous pouvons observer
des trajectoires d'électrons dans une chambre de Wilson.
J'aimerais beaucoup en savoir plus sur les raisons qui vous
incitent à émettre pareilles hypothèses 4 • » C'était exactement
ce qu'avait espéré Heisenberg- une chance de gagner Einstein à sa cause.
«Nous ne pouvons observer les orbites des électrons à
l'intérieur de l'atome, répondit Heisenberg, mais le rayonnement qu'un atome émet lors des décharges nous permet de
déduire les fréquences de ses électrons et les amplitudes
correspondantes 5 • » Prenant de l'assurance, il expliqua que
« puisqu'une bonne théorie doit se fonder sur des grandeurs
directement observables, j'ai estimé plus correct de m'en
tenir à celles-ci, en les traitant, pour ainsi dire, comme représentatives des orbites des électrons 6 », «Mais vous ne croyez
pas sérieusement, protesta Einstein, que seules les grandeurs
observables doivent figurer dans une théorie physique 7 ? »
Cette question s'attaquait aux bases mêmes sur lesquelles
Heisenberg avait édifié sa nouvelle mécanique. « N'est-ce pas
précisément ce que vous avez fait avec la relativité ? » répliqua
Heisenberg. «Un bon truc ne devrait pas être utilisé deux
fois, dit Einstein en souriant. Il se peut que j'aie recouru à
cette sorte de raisonnement, admit-il, mais c'est quand même
une absurditë. » Bien qu'il puisse être heuristiquement utile
de garder à l'esprit ce qu'on a réellement observé, il soutint
qu'en principe «c'est une grande erreur que d'essayer de
fonder une théorie sur les seules grandeurs observables. En
réalité, c'est exactement le contraire qui se produit. C'est la
théorie qui décide de ce que nous pouvons observer 9 ».
Qu'entendait Einstein par là?
Presque un siècle auparavant, le philosophe français
Auguste Comte avait soutenu que, si toute théorie doit se
fonder sur l'observation, l'esprit a également besoin d'une
théorie pour effectuer des observations. Einstein essaya
d'expliquer que l'observation était un processus complexe
impliquant des présuppositions sur les phénomènes qui sont
