10. Incertitude à Copenhague
Debout devant le tableau noir, ses notes étalées sur la table
devant lui, Werner Heisenberg était tendu. Le jeune et
brillant physicien avait toutes les raisons de l'être. C'était le
mercredi 28 avril 1926, et il était sur le point de donner une
conférence de deux heures sur la mécanique matricielle au
célèbre colloque de physique de l'université de Berlin. Quels
qu'aient pu être les mérites de Munich ou de Gôttingen,
Berlin - et Heisenberg le savait très bien - était « le bastion de
la physique allemande 1 ». Son regard scruta les visages dans
l'auditoire et s'arrêta sur quatre hommes assis au premier
rang, tous Prix Nobel : Max von Laue, Walther Nernst, Max
Planck et Albert Einstein.
La nervosité qu'il avait ressentie devant cette « première
occasion de rencontrer tant d'hommes célèbres» ne tarda
pas à se dissiper et il exposa « clairement», jugea-t-il, « les
concepts et les fondements mathématiques de ce qui était
alors une théorie très peu conventionnelle 2 ».Après la conférence, comme le public se dispersait, Einstein invita Heisenberg à l'accompagner chez lui à pied. Pendant la demi-heure
de trajet jusqu'à la Haberlandstrasse, Einstein interrogea
Heisenberg sur sa famille, ses études et ses premières recherches. Ce n'est que lorsqu'ils furent confortablement installés
dans son appartement que la vraie conversation commença.
Einstein sonda « l'arrière-plan philosophique de mes travaux
récents!!», se rappela Heisenberg. «Vous supposez l'existence
Précédent

- 281/537

Suivant