260
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
équivalentess 4 • Il n'était donc pas étonnant qu'elles donnent
exactement les mêmes réponses. L'avantage d'avoir deux
formalismes différents - mais équivalents - en mécanique
quantique devint vite évident. Pour la plupart des problèmes
que rencontraient les physiciens, la mécanique ondulatoire de
Schrôdinger offrait la voie la plus facile vers la solution. Toutefois, pour d'autres, comme ceux impliquant le spin, c'était la
démarche matricielle de Heisenberg qui prouvait sa valeur.
Toutes les querelles possibles sur la question de savoir
laquelle des deux théories était correcte ayant été étouffées
avant même qu'on puisse les tester, l'attention se détourna du
formalisme mathématique pour se porter sur l'interprétation
physique. Les deux théories étaient peut-être techniquement
équivalentes, mais la nature de la réalité physique qui résidait
au-delà des mathématiques était totalement différente : ondes
et continuité chez Schrôdinger, particules et discontinuité
chez Heisenberg. Chacun était convaincu que sa propre
théorie saisissait la vraie nature de la réalité physique. Ils ne
pouvaient avoir raison tous les deux.
Au début, il n'y avait pas d'animosité personnelle entre
Schrôdinger et Heisenberg lorsqu'ils commencèrent chacun
à contester l'interprétation de l'autre en matière de mécanique quantique. Mais le ton monta rapidement. En public et
dans leurs articles, ils réussissaient tous les deux, en général,
à brider leurs vrais sentiments. Dans leur correspondance, en
revanche, plus besoin de tact ni de retenue. Lorsque au début
il tenta- sans succès- de prouver l'équivalence des mécaniques ondulatoire et matricielle, Schrôdinger fut quelque peu
soulagé de constater qu'il n'y en avait peut-être pas, puisque
«je frissonne à la seule pensée d'être obligé plus tard de
présenter le calcul matriciel à un étudiant de première année
comme la description correcte de la nature de l'atome~ 5 ».
Dans son article « Sur le rapport entre la mécanique quantique de Heisenberg-Bom:Jordan et la mienne», Schrôdinger
prit grand soin de distancier sa mécanique ondulatoire de la
mécanique matricielle. «Ma théorie s'inspirait de L. de
Broglie et de remarques brèves mais infiniment perspicaces
d'A. Einstein, expliqua-t-il. Je n'avais aucunement conscience
Précédent

- 265/537

Suivant