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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Comme Bohr, qu'il rencontra pour la première fois en
1925, Dirac choisissait très soigneusement ses mots, à l'écrit
comme à l'oral. S'il faisait un exposé et qu'on lui demande
d'expliquer un détail qui n'avait pas été compris, Dirac répétait souvent verbatim ce qu'il venait de dire. Bohr était venu à
Cambridge donner une conférence sur les problèmes de la
théorie des quanta ; Dirac avait été impressionné par
l'homme, mais pas par son argumentation. « Ce que je
voulais, c'étaient des énoncés qui pmssent s'exprimer sous
forme d'équations, et les travaux de Bohr fournissaient très
rarement de tels énoncés 66 », dirait-il plus tard. Heisenberg,
en revanche, arriva de Gôttingen pour donner une conférence après avoir passé des mois à faire précisément la sorte
de physique que Dirac aurait trouvée stimulante. Mais il n'en
apprit pas l'existence par Heisenberg, qui choisit de ne pas
en faire mention dans son exposé sur la spectroscopie
atomique.
Ce fut Ralph Fowler qui signala les travaux de Heisenberg à
l'attention de Dirac lorsqu'il lui donna des épreuves de
l'article que l'Allemand allait publier sous peu. Heisenberg
avait séjourné chez Fowler lors de sa brève visite et discuté de
ses toutes dernières idées avec son hôte, qui lui avait
demandé alors un exemplaire de son article. Lorsqu'il le
reçut, Fowler, manquant de temps pour l'examiner à fond, le
transmit à Dirac en lui demandant son avis. La première fois
qu'il lut l'article, début septembre, Dirac eut du mal à le
suivre et ne prit pas la mesure de la percée qu'il représentait.
Puis, au bout de deux semaines, il comprit brusquement que
le fait que A x B n'était pas égal à B x A était au cœur même
de la démarche novatrice de Heisenberg et « fournissait la clé
de tout le mystère 67 »,
Dirac élabora une théorie mathématique qui le conduisit
lui aussi à la formule pq- qp = (ih/27r)l en distinguant ce qu'il
appela les nombres q des nombres c, et les grandeurs non
commutables (A x B n'est pas égal à B x A) de celles qui le
sont (A x B = B x A). Dirac montra que la mécanique quantique diffère de la mécanique classique en ce que les variables
q et p représentant la position et la quantité de mouvement
d'une particule ne sont pas commutables, mais obéissent à la
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Comme Bohr, qu'il rencontra pour la première fois en
1925, Dirac choisissait très soigneusement ses mots, à l'écrit
comme à l'oral. S'il faisait un exposé et qu'on lui demande
d'expliquer un détail qui n'avait pas été compris, Dirac répétait souvent verbatim ce qu'il venait de dire. Bohr était venu à
Cambridge donner une conférence sur les problèmes de la
théorie des quanta ; Dirac avait été impressionné par
l'homme, mais pas par son argumentation. « Ce que je
voulais, c'étaient des énoncés qui pmssent s'exprimer sous
forme d'équations, et les travaux de Bohr fournissaient très
rarement de tels énoncés 66 », dirait-il plus tard. Heisenberg,
en revanche, arriva de Gôttingen pour donner une conférence après avoir passé des mois à faire précisément la sorte
de physique que Dirac aurait trouvée stimulante. Mais il n'en
apprit pas l'existence par Heisenberg, qui choisit de ne pas
en faire mention dans son exposé sur la spectroscopie
atomique.
Ce fut Ralph Fowler qui signala les travaux de Heisenberg à
l'attention de Dirac lorsqu'il lui donna des épreuves de
l'article que l'Allemand allait publier sous peu. Heisenberg
avait séjourné chez Fowler lors de sa brève visite et discuté de
ses toutes dernières idées avec son hôte, qui lui avait
demandé alors un exemplaire de son article. Lorsqu'il le
reçut, Fowler, manquant de temps pour l'examiner à fond, le
transmit à Dirac en lui demandant son avis. La première fois
qu'il lut l'article, début septembre, Dirac eut du mal à le
suivre et ne prit pas la mesure de la percée qu'il représentait.
Puis, au bout de deux semaines, il comprit brusquement que
le fait que A x B n'était pas égal à B x A était au cœur même
de la démarche novatrice de Heisenberg et « fournissait la clé
de tout le mystère 67 »,
Dirac élabora une théorie mathématique qui le conduisit
lui aussi à la formule pq- qp = (ih/27r)l en distinguant ce qu'il
appela les nombres q des nombres c, et les grandeurs non
commutables (A x B n'est pas égal à B x A) de celles qui le
sont (A x B = B x A). Dirac montra que la mécanique quantique diffère de la mécanique classique en ce que les variables
q et p représentant la position et la quantité de mouvement
d'une particule ne sont pas commutables, mais obéissent à la
