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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Miinner-Arbeit lorsque Pauli, dans un stupéfiant tour de force,
réussit à appliquer la mécanique matricielle. Il avait accompli
pour la mécanique matricielle ce que Bohr avait accompli
pour la vieille théorie des quanta - reproduire le spectre de
l'atome d'hydrogène. Pour Heisenberg, comme si ça ne suffisait pas, il avait calculé l'effet Stark- l'influence d'un champ
électrique extérieur sur le spectre. Avant d'apprendre le
succès de Pauli, «j'étais moi-même un peu malheureux de ne
pas avoir réussi à dériver le spectre de l'hydrogène à partir de
la nouvelle théorie 60 >>, se rappellerait plus tard Heisenberg.
Pauli avait produit la première confirmation concrète de la
nouvelle mécanique quantique.
« Les équations fondamentales de la mécanique quantique >>,annonçait le titre. Born était à Boston depuis presque
un mois, dans le cadre d'une tournée de conférences de cinq
mois aux États-Unis, lorsqu'un matin de décembre 1925 il
ouvrit son courrier et eut « l'une des plus grosses surprises 61 »
de sa vie scientifique. En lisant l'article signé par un certain
P A.M. Dirac, étudiant en dernière année de doctorat à l'université de Cambridge, Born se rendit compte que « tout était
parfait en un certain sens 62 >>. En outre, il découvrit bientôt
que Dirac avait envoyé son article, qui contenait les détails
pratiques de la mécanique quantique, aux Proceedings of the
Royal Society neuf jours entiers avant l'achèvement du DreiMiinner-Arbeit. Qui était donc ce Dirac ? se demanda Born, et
comment avait-il fait pour en arriver là ?
Paul Adrien Maurice Dirac avait vingt-trois ans en 1925.
Fils d'un Suisse francophone, Charles, et d'une Anglaise,
Florence, il était le deuxième de trois enfants. Son père était
un personnage si autoritaire et si dominateur qu'à sa mort
en 1935 Dirac écrivit : «Je me sens beaucoup plus libre à
présenë 3 • >> Traumatisé par l'obligation de garder le silence
en présence de son père, professeur de français, pendant
toute son enfance, Dirac était devenu un homme avare de
paroles. « Mon père avait décrété que je ne devrais lui parler
qu'en français. Il croyait que ce serait bien pour moi
d'apprendre le français de cette manière. Puisque j'avais
découvert que je ne pouvais pas m'exprimer en français, il
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