LE MAGICIEN DU QUANTUM
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à la lumière émise ou absorbée lorsqu'un électron sautait
d'un niveau d'énergie à un autre.
Avant même que Heisenberg adopte cette nouvelle stratégie, Pauli avait déjà exprimé ses doutes quant à l'utilité des
orbites d'électrons plus d'un an auparavant. «La question la
plus importante me semble être celle-ci : dans quelle mesure peuton vraiment parler d 'oibites précises d ëlectrons en état stationnaire 31 »,
avait-il souligné dans une lettre à Bohr en février 1924.
Quoiqu'il soit déjà bien engagé sur la voie qui le conduirait
au principe d'exclusion, et qu'il se préoccupe de la saturation
des couches d'électrons, Pauli répondit néanmoins à sa
propre question dans une autre lettre à Bohr en décembre :
«Nous ne devons pas enchaîner les atomes avec nos préjugés
- auxquels appartient aussi, à mon avis, la supposition que les
orbites d'électrons existent au sens de la mécanique ordinaire-,
mais nous devons, au contraire, adapter nos concepts à
l'expérience 32 • » Il fallait cesser de faire des compromis et
d'essayer d'héberger les concepts quantiques dans le cadre
confortable et familier de la physique classique. Il fallait que
les physiciens se libèrent. Le premier à le faire fut Heisenberg, lorsqu'il adopta pragmatiquement le credo positiviste
que la science devrait se fonder sur des faits observables et
tenta d'élaborer une théorie qui se fondait seulement sur les
grandeurs observables.
En juin 1925, un peu plus d'un mois après être rentré de
Copenhague, Heisenberg rongeait son frein à Gôttingen. Il
avait du mal à progresser dans le calcul de l'intensité des raies
de l'hydrogène et l'avouait dans une lettre à ses parents. Il se
plaignait que « tout le monde ici fait quelque chose de différent, et [que] personne ne fait rien qui en vaille la peine 33 ».
Un rhume des foins sévère achevait de le démoraliser: «je
n'arrivais plus à voir clair, dira-t-il plus tard, j'étais vraiment
très mal en point 34 • » Il était à bout et avait besoin de prendre
du recul. Compatissant, Born lui accorda deux semaines de
congé. Le dimanche 7 juin, Heisenberg prit le train de nuit
pour le port de Cuxhaven sur la côte de Basse-Saxe. Arrivé tôt
le matin, fatigué et le ventre vide, Heisenberg chercha une
auberge pour prendre son petit déjeuner puis s'embarqua sur
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à la lumière émise ou absorbée lorsqu'un électron sautait
d'un niveau d'énergie à un autre.
Avant même que Heisenberg adopte cette nouvelle stratégie, Pauli avait déjà exprimé ses doutes quant à l'utilité des
orbites d'électrons plus d'un an auparavant. «La question la
plus importante me semble être celle-ci : dans quelle mesure peuton vraiment parler d 'oibites précises d ëlectrons en état stationnaire 31 »,
avait-il souligné dans une lettre à Bohr en février 1924.
Quoiqu'il soit déjà bien engagé sur la voie qui le conduirait
au principe d'exclusion, et qu'il se préoccupe de la saturation
des couches d'électrons, Pauli répondit néanmoins à sa
propre question dans une autre lettre à Bohr en décembre :
«Nous ne devons pas enchaîner les atomes avec nos préjugés
- auxquels appartient aussi, à mon avis, la supposition que les
orbites d'électrons existent au sens de la mécanique ordinaire-,
mais nous devons, au contraire, adapter nos concepts à
l'expérience 32 • » Il fallait cesser de faire des compromis et
d'essayer d'héberger les concepts quantiques dans le cadre
confortable et familier de la physique classique. Il fallait que
les physiciens se libèrent. Le premier à le faire fut Heisenberg, lorsqu'il adopta pragmatiquement le credo positiviste
que la science devrait se fonder sur des faits observables et
tenta d'élaborer une théorie qui se fondait seulement sur les
grandeurs observables.
En juin 1925, un peu plus d'un mois après être rentré de
Copenhague, Heisenberg rongeait son frein à Gôttingen. Il
avait du mal à progresser dans le calcul de l'intensité des raies
de l'hydrogène et l'avouait dans une lettre à ses parents. Il se
plaignait que « tout le monde ici fait quelque chose de différent, et [que] personne ne fait rien qui en vaille la peine 33 ».
Un rhume des foins sévère achevait de le démoraliser: «je
n'arrivais plus à voir clair, dira-t-il plus tard, j'étais vraiment
très mal en point 34 • » Il était à bout et avait besoin de prendre
du recul. Compatissant, Born lui accorda deux semaines de
congé. Le dimanche 7 juin, Heisenberg prit le train de nuit
pour le port de Cuxhaven sur la côte de Basse-Saxe. Arrivé tôt
le matin, fatigué et le ventre vide, Heisenberg chercha une
auberge pour prendre son petit déjeuner puis s'embarqua sur
