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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
lumière einsteiniens. Les difficultés semblaient carrément
se multiplier avec de Broglie, qui étendait la dualité ondeparticule à l'ensemble de la matière. Bohr, qui avait appris à
Heisenberg tout ce qu'il savait, nourrissait de grands espoirs
pour son jeune protégé : « À présent tout est dans les mains
de Heisenberg - pour trouver un moyen de sortir des
difficultés 28 • »
Fin avril1925, Heisenberg, de retour à Gôttingen, remerciait Bohr de son hospitalité et avouait sa «tristesse d'être
obligé de continuer pitoyablement tout seul à l'aveni~ », Il
avait néanmoins appris une leçon précieuse à partir de ses
discussions avec Bohr et de son dialogue permanent avec
Pauli : il fallait que quelque chose de fondamental cède.
Heisenberg croyait savoir de quoi il pourrait s'agir quand il
essaya de résoudre un vieux problème : l'intensité des raies de
l'hydrogène. L'atome quantique de Bohr-Sommerfeld pouvait
expliquer la fréquence des raies de l'hydrogène, mais pas
leurs variations d'intensité. Heisenberg eut l'idée de séparer
ce qui était observable de ce qui ne l'était pas. L'orbite d'un
électron gravitant autour du noyau d'un atome d'hydrogène
n'était pas observable. Heisenberg décida donc d'abandonner
le concept d'électrons gravitant autour du noyau atomique.
C'était un pas audacieux, mais qu'il était maintenant disposé
à faire après avoir longtemps détesté les tentatives de représentation graphique de l'inobservable.
À Munich, l'adolescent Heisenberg «s'enthousiasma pour
l'idée que les plus petites particules de matière puissent se
réduire à une forme mathématique 30 »,À peu près à la même
époque, il tomba dans un de ses manuels sur une illustration
qu'il trouva consternante. Afin d'expliquer comment un
atome de carbone et deux atomes d'oxygène formaient une
molécule de dioxyde de carbone, les atomes étaient dessinés
avec des crochets et des œillets grâce auxquels ils pouvaient
tenir ensemble. Heisenberg trouva l'idée des électrons en
orbite tout aussi farfelue et abandonna toute tentative pour se
représenter ce qui se passait à l'intérieur d'un atome. Il
décida d'ignorer tout ce qui n'était pas observable et
concentra son attention sur les seules grandeurs mesurables
en laboratoire: les fréquences et intensités des raies associées
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