LE MAGICIEN DU QUANTUM
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de s'apercevoir qu'ils s'y connaissaient bien mieux que lui en
physique atomique.
Tout en essayant de panser les plaies de son amour-propre,
Heisenberg se demanda s'il aurait un jour l'occasion de
travailler avec Bohr. Il était assis dans la chambre d'amis
lorsqu'il fut surpris par un coup frappé à la porte. Bohr entra
d'un pas majestueux. Après s'être excusé d'avoir été si
occupé, il lui proposa un tour du Sjcelland à pied. Il y avait
peu de chances, expliqua Bohr, qu'il soit seul assez longtemps
à l'institut pour qu'ils puissent avoir le moindre entretien
sérieux. Y avait-il un meilleur moyen de se connaître que
quelques jours de marche et de conversation? C'était le
passe-temps favori de Bohr.
Tôt le lendemain matin, Bohr et Heisenberg prirent le
tramway qui les conduisit au nord de la capitale et commencèrent leur randonnée. Bohr demanda à Heisenberg de lui
parler de son enfance et de lui dire ce qu'il se rappelait du
début de la guerre dix ans plus tôt. Tout en remontant vers le
nord, ils parlèrent non de physique, mais du pour et du
contre de la guerre, de l'implication de Heisenberg dans les
mouvements de jeunesse, et de l'Allemagne. Après avoir passé
la nuit dans une auberge, ils se rendirent à la maison de
campagne de Bohr à Tisvilde avant de retourner à l'institut le
troisième jour. Cette randonnée de cent soixante kilomètres
produisit sur Heisenberg l'effet qu'escomptait Bohr et que
Heisenberg désirait ardemment. Ils se connurent plus rapidement.
Ils avaient certes parlé de physique atomique, mais quand
ils rentrèrent finalement à Copenhague, c'était Bohr
l'homme plutôt que le physicien qui avait captivé Heisenberg.
< passe ici 21 », écrivit-il à Pauli. Il n'avait encore jamais
rencontré un homme comme Bohr, avec qui il pouvait parler
de tout et de n'importe quoi. Malgré son souci sincère du
bien-être de tout un chacun dans son institut, Sommerfeld se
maintenait dans le rôle typiquement allemand du Herr
Professor, un cran au-dessus de ses subordonnés. À Gôttingen,
Heisenberg n'aurait pas osé aborder avec Born l'éventail des
sujets dont Bohr et lui avaient si librement discuté. Il ne le
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