LE MAGICIEN DU QUANTUM
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Born était convaincu qu'il fallait reconstruire la physique
de fond en comble. Le pot-pourri de règles quantiques et de
physique classique qui était au cœur de l'atome de BohrSommerfeld devait céder la place à une nouvelle théorie logiquement cohérente que Born baptisa « mécanique quantique». Il n'y avait là rien de nouveau pour les physiciens qui
essayaient de débrouiller les problèmes de la théorie
atomique. Cela confirmait toutefois la prise de conscience, en
1923, d'une situation de crise larvée devant l'incapacité des
physiciens à franchir le Rubicon atomique. Pauli claironnait
déjà à qui voulait bien l'entendre que l'impossibilité d'expliquer l'effet Zeeman anormal était la preuve «qu'il nous faut
créer quelque chose de fondamentalement nouveau 20 ».
Après l'avoir rencontré, Heisenberg jugea que Bohr était
celui qui avait le plus de chances de faire la percée.
Heisenberg et Pauli, qui était l'assistant de Bohr à Copenhague depuis l'automne 1922, se tenaient mutuellement
informés des tout derniers développements dans leurs instituts respectifs grâce à un échange de lettres régulier. Heisenberg, comme Pauli, avait travaillé lui aussi sur l'effet Zeeman
anormal. Quelques jours avant Noël 1923, il écrivit à Bohr
dans l'espoir d'avoir son avis sur ses tout derniers efforts.
Heisenberg, qui s'attendait à des critiques, reçut une invitation à passer quelques semaines à Copenhague. Le samedi
15 mars, six semaines après avoir reçu la lettre de Bohr,
Heisenberg était à Copenhague, Blegdamsvej 5, devant
l'immeuble néo-classique de trois étages avec son toit de
tuiles rouges. Au-dessus de l'entrée principale, Heisenberg
aperçut l'inscription qui accueillait tous les visiteurs : Universitetets Institut for Teoretisk Fysik. Alias l'institut Bohr.
Heisenberg s'aperçut que seule la moitié de l'immeublele sous-sol et le rez-de-chaussée - était dévolue à la physique.
Le reste était réservé au logement. Bohr et sa famille en
expansion habitaient un appartement élégamment meublé
qui occupait tout le premier étage. La bonne, le concierge et
les invités étaient logés au dernier étage. Au rez-de-chaussée,
à côté de la salle de conférences avec ses six longues rangées
de bancs en bois se trouvaient une bibliothèque bien fournie
et les bureaux de Bohr et de son assistant. Il y avait aussi une
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