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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
énigmatique au troisième rang 7 ». C'était Wolfgang Pauli.
Sommerfeld avait déjà présenté Heisenberg au corpulent
Viennois quand il lui avait montré son modeste institut lors
de sa première visite. Le professeur n'avait pas hésité à
l'informer, une fois que Pauli se fut suffisamment éloigné,
qu'il considérait ce garçon comme l'un de ses étudiants les
plus doués. Se rappelant que Sommerfeld lui avait suggéré
qu'il pourrait apprendre beaucoup de lui, Heisenberg s'assit
à côté de Pauli.
« Tu ne trouves pas qu'il a tout l'air d'un capitaine de
hussards, non 8 ? » chuchota Pauli lorsque Sommerfeld entra.
Ce fut le début d'une relation professionnelle qui dura toute
une vie sans jamais complètement s'épanouir en une amitié
personnelle plus intime. Ils étaient carrément trop différents.
Heisenberg était plus calme, plus sociable, plus discret et
moins critique que Pauli. Il avait une passion romantique
pour la nature et adorait faire des randonnées et du camping
avec ses amis. Pauli était attiré par les cabarets, les tavernes et
les cafés. Heisenberg avait abattu une demijournée de travail
tandis que Pauli dormait encore profondément dans son lit.
Or Pauli exerça une forte influence sur Heisenberg et ne
manqua jamais une occasion de lui dire, en plaisantant : « Tu
es un parfait imbécile 9 • »
Pendant qu'il rédigeait son éblouissante analyse de la
théorie des quanta, ce fut Pauli qui détourna Heisenberg de
la relativité einsteinienne et l'orienta vers l'atome quantiquedomaine de recherche plus fécond s'il voulait se faire une
réputation. « En physique atomique, nous avons encore une
foule de résultats expérimentaux non interprétés, dit-il à
Heisenberg. Ce que la nature prouve ici, elle le contredit
ailleurs- apparemment-, et il n'est toujours pas possible de
se faire une idée, même à moitié cohérente, de la relation
sous-jacente 10 • » Il était vraisemblable, estimait Pauli, que tout
le monde continuerait d'« avancer à tâtons dans un épais
brouillard 11 » pendant quelques années encore. En écoutant
Pauli, Heisenberg tomba inexorablement sous l'empire du
quantum.
Il se vit bientôt confier par Sommerfeld un « petit
problème » à résoudre en physique atomique. Il lui fallait
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
énigmatique au troisième rang 7 ». C'était Wolfgang Pauli.
Sommerfeld avait déjà présenté Heisenberg au corpulent
Viennois quand il lui avait montré son modeste institut lors
de sa première visite. Le professeur n'avait pas hésité à
l'informer, une fois que Pauli se fut suffisamment éloigné,
qu'il considérait ce garçon comme l'un de ses étudiants les
plus doués. Se rappelant que Sommerfeld lui avait suggéré
qu'il pourrait apprendre beaucoup de lui, Heisenberg s'assit
à côté de Pauli.
« Tu ne trouves pas qu'il a tout l'air d'un capitaine de
hussards, non 8 ? » chuchota Pauli lorsque Sommerfeld entra.
Ce fut le début d'une relation professionnelle qui dura toute
une vie sans jamais complètement s'épanouir en une amitié
personnelle plus intime. Ils étaient carrément trop différents.
Heisenberg était plus calme, plus sociable, plus discret et
moins critique que Pauli. Il avait une passion romantique
pour la nature et adorait faire des randonnées et du camping
avec ses amis. Pauli était attiré par les cabarets, les tavernes et
les cafés. Heisenberg avait abattu une demijournée de travail
tandis que Pauli dormait encore profondément dans son lit.
Or Pauli exerça une forte influence sur Heisenberg et ne
manqua jamais une occasion de lui dire, en plaisantant : « Tu
es un parfait imbécile 9 • »
Pendant qu'il rédigeait son éblouissante analyse de la
théorie des quanta, ce fut Pauli qui détourna Heisenberg de
la relativité einsteinienne et l'orienta vers l'atome quantiquedomaine de recherche plus fécond s'il voulait se faire une
réputation. « En physique atomique, nous avons encore une
foule de résultats expérimentaux non interprétés, dit-il à
Heisenberg. Ce que la nature prouve ici, elle le contredit
ailleurs- apparemment-, et il n'est toujours pas possible de
se faire une idée, même à moitié cohérente, de la relation
sous-jacente 10 • » Il était vraisemblable, estimait Pauli, que tout
le monde continuerait d'« avancer à tâtons dans un épais
brouillard 11 » pendant quelques années encore. En écoutant
Pauli, Heisenberg tomba inexorablement sous l'empire du
quantum.
Il se vit bientôt confier par Sommerfeld un « petit
problème » à résoudre en physique atomique. Il lui fallait
