LES DOCTEURS DU SPIN
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de lui au point de ne pas oser l'avouer 46 », plaisanta-t-il un
jour.
Kronig se rappela plus tard que sa « curiosité fut éveillée 47 »
quand il lut la lettre de Pauli à Landé. Pauli y expliquait la
nécessité d'attribuer à chaque électron à l'intérieur d'un
atome un ensemble unique de quatre nombres quantiques
et les conséquences que cela entraînait. Kronig commença
immédiatement à réfléchir à l'interprétation physique
possible du quatrième nombre quantique et trouva l'idée
d'un électron en rotation sur lui-même. Il se rendit vite
compte des difficultés associées à pareil électron tournoyant.
Toutefois, comme il trouvait «l'idée fascinanté 8 », Kronig
passa le reste de la journée à élaborer la théorie et à faire les
calculs. Il avait trouvé une bonne partie de ce qu'Uhlenbeck
et Goudsmit annonceraient en novembre. Lorsqu'il
expliqua sa découverte à Landé, les deux hommes attendirent impatiemment que Pauli arrive et donne son approbation. Kronig fut déconcerté quand Pauli ridiculisa la notion
de spin de l'électron: « C'est sûrement une idée très astucieuse, lui dit Pauli, mais la nature n'est pas comme ça 49 • »
Pauli avait rejeté la proposition de Kronig avec une telle
ferveur que Landé essaya d'atténuer la choc: «Oui, si Pauli
le dit, alors ce n'est pas comme ça 50 • » Découragé, Kronig
abandonna son idée.
Incapable de contenir sa colère lorsqu'on s'empressa
d'accueillir le spin présenté par Uhlenbeck et Goudsmit,
Kronig écrivit en mars 1926 à Hendrik Kramers, l'assistant de
Bohr. Il lui rappela qu'il avait été le premier à suggérer l'existence du spin, mais n'avait pas pu~lié d'article à cause de la
réaction sarcastique de Pauli. «A l'avenir, je ferai ~lus
confiance à mon propre jugement et moins à celui d'autrui 1 »,
se plaignait-il en regrettant de l'avoir compris trop tard.
Troublé par la lettre de Kronig, Kramers la montra à Bohr. Se
rappelant sans aucun doute son propre rejet du spin de l' électron lorsque Kronig en avait discuté avec lui et d'autres pendant
son séjour à Copenhague, Bohr lui écrivit pour exprimer« [sa]
consternation et [ses] profonds regrets 52 ». «je n'aurais pas du
tout évoqué cette affaire, répliqua Kronig, hormis pour
taquiner les physiciens du type prédicateur, qui sont toujours
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de lui au point de ne pas oser l'avouer 46 », plaisanta-t-il un
jour.
Kronig se rappela plus tard que sa « curiosité fut éveillée 47 »
quand il lut la lettre de Pauli à Landé. Pauli y expliquait la
nécessité d'attribuer à chaque électron à l'intérieur d'un
atome un ensemble unique de quatre nombres quantiques
et les conséquences que cela entraînait. Kronig commença
immédiatement à réfléchir à l'interprétation physique
possible du quatrième nombre quantique et trouva l'idée
d'un électron en rotation sur lui-même. Il se rendit vite
compte des difficultés associées à pareil électron tournoyant.
Toutefois, comme il trouvait «l'idée fascinanté 8 », Kronig
passa le reste de la journée à élaborer la théorie et à faire les
calculs. Il avait trouvé une bonne partie de ce qu'Uhlenbeck
et Goudsmit annonceraient en novembre. Lorsqu'il
expliqua sa découverte à Landé, les deux hommes attendirent impatiemment que Pauli arrive et donne son approbation. Kronig fut déconcerté quand Pauli ridiculisa la notion
de spin de l'électron: « C'est sûrement une idée très astucieuse, lui dit Pauli, mais la nature n'est pas comme ça 49 • »
Pauli avait rejeté la proposition de Kronig avec une telle
ferveur que Landé essaya d'atténuer la choc: «Oui, si Pauli
le dit, alors ce n'est pas comme ça 50 • » Découragé, Kronig
abandonna son idée.
Incapable de contenir sa colère lorsqu'on s'empressa
d'accueillir le spin présenté par Uhlenbeck et Goudsmit,
Kronig écrivit en mars 1926 à Hendrik Kramers, l'assistant de
Bohr. Il lui rappela qu'il avait été le premier à suggérer l'existence du spin, mais n'avait pas pu~lié d'article à cause de la
réaction sarcastique de Pauli. «A l'avenir, je ferai ~lus
confiance à mon propre jugement et moins à celui d'autrui 1 »,
se plaignait-il en regrettant de l'avoir compris trop tard.
Troublé par la lettre de Kronig, Kramers la montra à Bohr. Se
rappelant sans aucun doute son propre rejet du spin de l' électron lorsque Kronig en avait discuté avec lui et d'autres pendant
son séjour à Copenhague, Bohr lui écrivit pour exprimer« [sa]
consternation et [ses] profonds regrets 52 ». «je n'aurais pas du
tout évoqué cette affaire, répliqua Kronig, hormis pour
taquiner les physiciens du type prédicateur, qui sont toujours
