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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Copenhague, Bohr passa par Berlin afin de pouvoir assister
aux réjouissances du vingt-cinquième anniversaire commém~
rant la célèbre conférence de Planck devant la Société de
physique allemande, qui était considérée comme la naissance
officielle du quantum. Pauli le guettait; s'il était descendu
tout exprès de Hambourg, c'était pour interroger une fois de
plus Bohr à propos du spin. Comme ille craignait, Bohr avait
changé d'avis et était devenu le prophète du spin. Nullement
impressionné par ses tentatives initiales pour le convertir,
Pauli lui dit carrément que le spin quantique n'était qu'une
«nouvelle hérésie de Copenhaguë 5 ».
Un an plus tôt, il avait totalement réfuté l'idée du spin de
1 'électron quand elle avait été proposée pour la première
fois par Ralph Kronig, vingt et un ans, Américain d'origine
allemande. Au cours d'une odyssée de deux ans d'un centre
de la physique européenne à l'autre après avoir obtenu son
PhD à l'université Columbia, Kronig arriva à Tübingen le
9 janvier 1925, avant de passer les dix mois suivants à
l'institut de Bohr. Kronig, qui s'intéressait à l'effet Zeeman
anormal, fut en émoi lorsque son hôte, Alfred Landé, lui
annonça que Pauli arrivait le lendemain. Il venait s'entretenir avec Landé du principe d'exclusion avant de
soumettre son article à publication. Ayant étudié sous la
direction de Sommerfeld et servi plus tard comme assistant
de Born à Francfort, Landé était très bien considéré par
Pauli. Il montra à Kronig une lettre que Pauli lui avait écrite
en novembre de l'année passée.
Pauli écrivit des milliers de lettres dans sa vie. Sa réputation
grandissait, le nombre de ses correspondants augmentait, et
ses lettres étaient très appréciées; elles circulaient et étaient
commentées. Pour Bohr, qui savait voir au-delà de la verve
sarcastique de Pauli, une telle lettre était un événement. Il la
glissait dans la poche de sa veste et la gardait sur lui des jours
entiers, la montrant à quiconque s'intéressait de près ou de
loin au problème ou à l'idée que Pauli disséquait. Sous
prétexte de rédiger un brouillon de réponse, Bohr imaginait
tout haut un dialogue, comme si Pauli était assis en face de
lui en train de fumer la pipe. « Nous avons probablement
tous peur de Pauli; il n'empêche que nous n'avons pas peur
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