LES DOCfEURS DU SPIN
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Lorsque l'article d'Uhlenbeck et Goudsmit parut le
20 novembre, Bohr fut profondément sceptique. En
décembre, il se rendit à Leyde pour participer à la fête
commémorant le cinquantième anniversaire du doctorat de
Lorentz. Lorsque le train entra en gare de Hambourg, Pauli
était sur le quai pour demander à Bohr ce qu'il pensait du
spin de l'électron. Ce concept était «très intéressant»,
déclara Bohr. Pauli savait que Bohr pensait exactement le
contraire. «Très intéressant», c'était sa manière habituelle de
rejeter gentiment une idée fausse. Le spin de l'électron avait
un défaut. Comment, demandait Bohr, un électron se déplaçant dans le champ électrique du noyau à charge positive
pourrait-il éprouver le champ magnétique nécessaire à la
production de la structure fine? En arrivant à Leyde, Bohr
fut accueilli à la gare par deux autres hommes qui voulaient
avoir son opinion sur le spin : MM. Einstein et Ehrenfest.
Bohr décrivit succinctement son objection quant au champ
magnétique et fut stupéfait d'entendre Ehrenfest lui
annoncer qu'Einstein avait déjà résolu ce problème en invoquant la relativité. L'explication d'Einstein, avouerait Bohr
plus tard, était une « totale révélation». Il était maintenant
fermement persuadé que tous les problèmes restants seraient
tôt ou tard résolus jusqu'au dernier. L'objection de Lorentz
se fondait sur la physique classique, dont il était un des
maîtres. Or le spin de l'électron était un concept quantique.
Ce problème particulier n'était donc pas aussi grave qu'il
n'avait semblé à première vue. Le physicien britannique
Llewellyn Thomas résolut le deuxième problème. Il montra
qu'une erreur dans le calcul du mouvement relatif de l'électron sur son orbite autour du noyau était responsable du
facteur 2 surnuméraire dans la formation des doublets. «Je
n'aijamais faibli dans ma conviction que nous sommes arrivés
au terme de nos chagrins 44 », écrivit Bohr en mars 1926.
Au retour, Bohr rencontra encore d'autres collègues.
Lorsque le train s'arrêta à Gôttingen, Werner Heisenberg, qui
venait de terminer quelques mois plus tôt son assistanat
auprès de Bohr, et Pascual Jordan l'attendaient à la gare,
impatients de savoir ce qu'il avait à dire sur le spin. C'était,
leur déclara-t-il, une importante percée. En retournant à
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Lorsque l'article d'Uhlenbeck et Goudsmit parut le
20 novembre, Bohr fut profondément sceptique. En
décembre, il se rendit à Leyde pour participer à la fête
commémorant le cinquantième anniversaire du doctorat de
Lorentz. Lorsque le train entra en gare de Hambourg, Pauli
était sur le quai pour demander à Bohr ce qu'il pensait du
spin de l'électron. Ce concept était «très intéressant»,
déclara Bohr. Pauli savait que Bohr pensait exactement le
contraire. «Très intéressant», c'était sa manière habituelle de
rejeter gentiment une idée fausse. Le spin de l'électron avait
un défaut. Comment, demandait Bohr, un électron se déplaçant dans le champ électrique du noyau à charge positive
pourrait-il éprouver le champ magnétique nécessaire à la
production de la structure fine? En arrivant à Leyde, Bohr
fut accueilli à la gare par deux autres hommes qui voulaient
avoir son opinion sur le spin : MM. Einstein et Ehrenfest.
Bohr décrivit succinctement son objection quant au champ
magnétique et fut stupéfait d'entendre Ehrenfest lui
annoncer qu'Einstein avait déjà résolu ce problème en invoquant la relativité. L'explication d'Einstein, avouerait Bohr
plus tard, était une « totale révélation». Il était maintenant
fermement persuadé que tous les problèmes restants seraient
tôt ou tard résolus jusqu'au dernier. L'objection de Lorentz
se fondait sur la physique classique, dont il était un des
maîtres. Or le spin de l'électron était un concept quantique.
Ce problème particulier n'était donc pas aussi grave qu'il
n'avait semblé à première vue. Le physicien britannique
Llewellyn Thomas résolut le deuxième problème. Il montra
qu'une erreur dans le calcul du mouvement relatif de l'électron sur son orbite autour du noyau était responsable du
facteur 2 surnuméraire dans la formation des doublets. «Je
n'aijamais faibli dans ma conviction que nous sommes arrivés
au terme de nos chagrins 44 », écrivit Bohr en mars 1926.
Au retour, Bohr rencontra encore d'autres collègues.
Lorsque le train s'arrêta à Gôttingen, Werner Heisenberg, qui
venait de terminer quelques mois plus tôt son assistanat
auprès de Bohr, et Pascual Jordan l'attendaient à la gare,
impatients de savoir ce qu'il avait à dire sur le spin. C'était,
leur déclara-t-il, une importante percée. En retournant à
