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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
des raies alcalines - deux raies très proches au lieu d'une
seule.
Uhlenbeck et Goudsmit démontrèrent que le spin de l'électron pouvait être de plus ou moins un demi, valeurs qui satisfaisaient à la restriction «d'ambiguïté» énoncée par Pauli
pour le quatrième nombre quantique 39 •
À la mi-octobre 1925, Uhlenbeck et Goudsmit avaient déjà
écrit un article d'une page et le montrèrent à Ehrenfest. Il
leur suggérera d'inverser l'ordre alphabétique habituel pour
le nom des auteurs. Puisque Goudsmit avait déjà publié
plusieurs articles de bonne tenue sur les spectres atomiques,
Ehrenfest craignait que les lecteurs ne prennent Uhlenbeck
pour son jeune collaborateur. Goudsmit accepta, vu que
«c'était Uhlenbeck qui avait eu l'idée du spin 40 ». Mais Ehrenfest avait des doutes quant à la validité du concept proposé. Il
écrivit à Hendrik Lorentz pour solliciter «son jugement et
son avis sur une idée très spirituelle [d'Uhlenbeck] à propos
des spectres 41 ».
À soixante-douze ans, Lorentz, qui était officiellement en
retraite et habitait Haarlem, se rendait à Leyde une fois par
semaine pour enseigner. Uhlenbeck et Goudsmit vinrent le
trouver un lundi matin après son cours. « Lorentz ne nous a
pas découragés, dit Uhlenbeck. Il était un peu réticent, il a dit
que c'était intéressant et qu'il allait y réfléchir 42 • » Une ou
deux semaines plus tard, Uhlenbeck retourna à Leyde pour
entendre le verdict de Lorentz, qui lui donna une liasse de
papiers bourrés de calculs soutenant une objection à la
notion même de spin. Un point à la surface d'un électron en
rotation, lui fit remarquer Lorentz, dépasserait la vitesse de la
lumière - ce qui est interdit par la théorie einsteinienne de la
relativité restreinte. Un autre problème apparut bientôt. La
séparation prédite pour les doublets des raies alcalines par
l'hypothèse du spin était le double de la valeur mesurée.
Uhlenbeck demanda à Ehrenfest de ne pas communiquer
l'article. Trop tard: Ehrenfest l'avait déjà envoyé à une revue.
«Vous êtes l'un et l'autre assez jeunes pour pouvoir vous
permettre une bêtisë 3 », répondit Ehrenfest à Uhlenbeck en
guise de réconfort.
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