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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
celle d'Einstein. Il jugeait ses propres travaux encore plus
sévèrement que ceux d'autrui. À certains moments, Pauli
comprenait trop bien la physique et ses problèmes, ce qui
gênait le libre exercice de ses facultés créatrices. Des découvertes qu'il aurait pu faire si son imagination et son intuition
avaient joui d'un peu plus de liberté rendirent célèbres des
collègues moins talentueux, mais plus spontanés.
La seule personne avec qui il soit demeuré modeste était
Sommerfeld. Même avec son statut de physicien de renommée
mondiale, chaque fois que Pauli se trouvait en présence de
son ancien maître, ceux qui avaient été la cible de ses jugements caustiques étaient toujours sidérés de voir le « Courroux de Dieu » lui répondre avec des «]a, Herr Professor » ou
« Nein, Herr Professor>>. Ils reconnaissaient à peine l'homme
qui avait un jour assené à un malheureux collègue : « Ça ne
me gêne pas que vous pensiez lentement, mais je proteste
quand vous publiez plus vite que vous ne pensez 10 • >> Une
autre fois, à propos d'un article qu'il venait de lire, il avait
lâché: «Il n'est même pas fauxn. >> Il n'épargnait personne.
«Vous savez, ce que dit M. Einstein n'est pas si stupide que
ça 12 >>, dit-il devant uri amphithéâtre bondé alors qu'il n'était
que simple étudiant. Sommerfeld, assis au premier rang, n'aurait
jamais toléré pareille remarque de la bouche d'un de ses
autres étudiants. Aucun d'eux n'aurait osé la proférer, de
toute façon. Quand il s'agissait de physique, Pauli était plein
d'assurance et dépourvu d'inhibitions, même en présence
d'Einstein.
Dans une confirmation manifeste de la haute estime en
laquelle il tenait Pauli, Sommerfeld lui demanda de l'aider à
rédiger l'article Relativité pour l'Enzyklopiidie der mathematischen Wissenschaften. Sommerfeld avait accepté de diriger le
cinquième volume de cette somme des connaissances mathématiques, qui était consacré à la physique. Après qu'Einstein
se fut désisté, Sommerfeld décida d'écrire lui-même l'article
Relativité, mais s'aperçut qu'il n'aurait guère le temps de le
faire. Il avait besoin d'aide et se tourna vers Pauli. Lorsque
Sommerfeld vit le premier jet, «c'était si magistral que je
renonçai à toute collaboration 13 ». C'était non seulement une
brillante exposition des théories de la relativité, mais une
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