LES DOCfEURS DU SPIN
199
l'université de la capitale qu'il déplorait. Il aurait pu aller
presque n'importe où, mais il choisit Munich pour étudier
avec Arnold Sommerfeld. Ayant récemment refusé la proposition d'une chaire de professeur à Vienne, Arnold Sommerfeld était déjà responsable de la physique à l'université de
Munich depuis une douzaine d'années lorsque Pauli arriva.
Dès le début, en 1906, Sommerfeld entreprit de créer un
institut qui soit « une pépinière de la physique théorique 9 ». Il
n'était pas aussi prestigieux que celui que Bohr allait bientôt
créer à Copenhague - il ne comportait que quatre salles : le
bureau de Sommerfeld, un amphithéâtre, une salle de séminaires et une petite bibliothèque. Il y avait aussi un grand
laboratoire au sous-sol; c'est là qu'en 1912 la théorie de Max
von Laue, à savoir que les rayons X étaient des ondes électromagnétiques ultra-courtes, fut testée et confirmée, donnant
une notoriété immédiate à la « pépinière » de Sommerfeld.
Sommerfeld était un enseignant exceptionnel qui avait le
chic pour poser à ses étudiants des problèmes qui testaientsans les excéder, toutefois - les limites de leurs capacités.
Depuis qu'il était à Munich, Sommerfeld avait déjà pris en
charge plus que son compte de jeunes physiciens de talent,
mais il avait décelé en Pauli un sujet rare et exceptionnellement prometteur. Il n'était pas facile d'impressionner
Sommerfeld, or en janvier 1919, un article sur la relativité
générale écrit par Pauli avant son départ de Vienne venait
d'être publié. Il avait dans sa «pépinière» un étudiant de
première année, qui n'avait pas encore dix-neuf ans et était
déjà considéré par les autres comme un expert en relativité.
Pauli se fit rapidement connaître - et redouter - pour ses
critiques caustiques et incisives des idées et hypothèses
nouvelles. D'aucuns l'appelleraient plus tard «la conscience
de la physique » à cause de ses principes intransigeants.
Corpulent, les yeux globuleux, il était l'incarnation parfaite
du Bouddha de la physique, mais avec une langue acérée.
Chaque fois qu'il était profondément plongé dans ses
pensées, Pauli se balançait inconsciemment d'arrière en
avant. On reconnaissait unanimement que sa compréhension
intuitive des problèmes physiques était inégalée chez ses
contemporains et, probablement, même pas surpassée par
199
l'université de la capitale qu'il déplorait. Il aurait pu aller
presque n'importe où, mais il choisit Munich pour étudier
avec Arnold Sommerfeld. Ayant récemment refusé la proposition d'une chaire de professeur à Vienne, Arnold Sommerfeld était déjà responsable de la physique à l'université de
Munich depuis une douzaine d'années lorsque Pauli arriva.
Dès le début, en 1906, Sommerfeld entreprit de créer un
institut qui soit « une pépinière de la physique théorique 9 ». Il
n'était pas aussi prestigieux que celui que Bohr allait bientôt
créer à Copenhague - il ne comportait que quatre salles : le
bureau de Sommerfeld, un amphithéâtre, une salle de séminaires et une petite bibliothèque. Il y avait aussi un grand
laboratoire au sous-sol; c'est là qu'en 1912 la théorie de Max
von Laue, à savoir que les rayons X étaient des ondes électromagnétiques ultra-courtes, fut testée et confirmée, donnant
une notoriété immédiate à la « pépinière » de Sommerfeld.
Sommerfeld était un enseignant exceptionnel qui avait le
chic pour poser à ses étudiants des problèmes qui testaientsans les excéder, toutefois - les limites de leurs capacités.
Depuis qu'il était à Munich, Sommerfeld avait déjà pris en
charge plus que son compte de jeunes physiciens de talent,
mais il avait décelé en Pauli un sujet rare et exceptionnellement prometteur. Il n'était pas facile d'impressionner
Sommerfeld, or en janvier 1919, un article sur la relativité
générale écrit par Pauli avant son départ de Vienne venait
d'être publié. Il avait dans sa «pépinière» un étudiant de
première année, qui n'avait pas encore dix-neuf ans et était
déjà considéré par les autres comme un expert en relativité.
Pauli se fit rapidement connaître - et redouter - pour ses
critiques caustiques et incisives des idées et hypothèses
nouvelles. D'aucuns l'appelleraient plus tard «la conscience
de la physique » à cause de ses principes intransigeants.
Corpulent, les yeux globuleux, il était l'incarnation parfaite
du Bouddha de la physique, mais avec une langue acérée.
Chaque fois qu'il était profondément plongé dans ses
pensées, Pauli se balançait inconsciemment d'arrière en
avant. On reconnaissait unanimement que sa compréhension
intuitive des problèmes physiques était inégalée chez ses
contemporains et, probablement, même pas surpassée par
