LE PRINCE DE LA DUALITÉ
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et deux autres, qui posèrent leurs jalons avant lui, s'emparèrent du Nobel.
Clinton Davisson, trente-quatre ans, chercheur à la Western
Electric de New York- qui deviendrait les Laboratoires Bell-,
étudiait les effets d'un faisceau d'électrons percutant diverses
cibles métalliques lorsqu'unjour, en avril1925, il se produisit
quelque chose de bizarre. Une bouteille d'air liquide explosa
dans son laboratoire et brisa le tube à vide contenant la cible
en nickel qu'il utilisait. Le métal exposé à l'air se mit à
rouiller. En chauffant le nickel pour le nettoyer, Davisson
transforma accidentellement le réseau de minuscules cristaux
en un petit nombre de gros cristaux, qui provoquèrent la
diffraction des électrons. En poursuivant ses expériences, il se
rendit vite compte que ses résultats étaient différents. Sans
savoir qu'il avait diffracté des électrons, il releva simplement
les données et les publia.
«Nous serons à Oxford dans un mois, ça semble impossible, non? Nous devrions en profiter, ma Lottie chérie- ce
sera une deuxième lune de miel, et elle devrait être encore
plus agréable que la première 21 », écrivait Davisson à sa
femme en juillet 1926. Ayant confié leurs enfants à des
parents aux États-Unis, les Davisson pouvaient s'octroyer une
pause bien méritée et visiter l'Angleterre avant de se diriger
sur Oxford pour le congrès de l'Association britannique pour
l'avancement de la science. C'est là que Davisson fut stupéfait
d'apprendre que certains physiciens pensaient que les résultats de son expérience confirmaient les idées d'un prince
français. Il n'avait jamais entendu parler de Louis de Broglie
ni de sa suggestion que la dualité onde-particule puisse être
étendue à toute la matière. En quoi Davisson n'était pas le
seul.
Peu de gens avaient lu les trois articles succincts de de
Broglie, car ils avaient paru en français dans les Comptes rendus
de l'Académie des sciences. Et ceux qui connaissaient l'existence
de sa thèse de doctorat étaient encore moins nombreux. De
retour à New York, Davisson et un collègue, Lester Germer,
entreprirent immédiatement de vérifier si les électrons
étaient vraiment diffractés. Il leur fallut attendre janvier 1927
pour avoir des preuves concluantes que la matière était
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