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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
tein, absent, mais seulement après avoir gagné une bataille
diplomatique contre les Suisses à propos de la nationalité du
physicien. Les Suisses affirmèrent qu'Einstein était l'un des
leurs jusqu'au moment où les Allemands découvrirent qu'en
acceptant sa nomination à l'Académie prussienne en 1914
Einstein était automatiquement devenu citoyen allemand
alors même qu'il n'avait pas renoncé à la nationalité suisse.
Einstein, qui avait renoncé à la nationalité allemande en
1896 et avait acquis la nationalité suisse cinq ans plus tard, fut
surpris d'apprendre qu'il était allemand après tout. Que cela
lui plaise ou non, les besoins de la République de Weimar lui
imposaient la double nationalité. « Par une application de la
théorie de la relativité au goût des lecteurs, écrivait Einstein
en novembre 1919 dans un article pour le Times de Londres,
aujourd'hui je suis qualifié de savant allemand en Allemagne
et présenté comme juif suisse en Angleterre. Si un jour je
deviens une bête noire, ces appellations seront inversées et je
serai un juif suisse pour les Allemands et un homme de
science allemand pour les Anglais 87 1 » Einstein serait peutêtre revenu sur ces paroles s'il avait été présent au banquet
Nobel et avait entendu l'ambassadeur allemand proposer un
toast pour exprimer « la joie de mes concitoyens en voyant
qu'une fois de plus l'un d'eux a pu réussir quelque chose
pour l'humanité tout entière 88 ».
Bohr se leva après l'ambassadeur allemand et prononça un
bref discours comme l'exigeait la tradition. Après avoir rendu
hommage à J. J. Thomson, Rutherford, Planck et Einstein,
Bohr proposa un toast à la coopération internationale pour
l'avancement de la science, «qui est, si je puis dire, en cette
époque si déprimante à bien des égards, l'une des lueurs
d 'espoir dans l'existence humaine 89 ». Vu l'occasion, il est
compréhensible qu'il ait choisi d'oublier l'exclusion toujours
en vigueur des Allemands des congrès internationaux. Le
lendemain, Bohr était sur un terrain plus ferme lorsqu'il
donna sa conférence Nobel sur « La structure de l'atome » :
«L'état actuel de la théorie atomique, commença-t-il, est
caractérisé par le fait que non seulement nous croyons avoir
démontré l'existence des atomes sans contestation possible,
mais que nous croyons même avoir une connaissance intime
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
tein, absent, mais seulement après avoir gagné une bataille
diplomatique contre les Suisses à propos de la nationalité du
physicien. Les Suisses affirmèrent qu'Einstein était l'un des
leurs jusqu'au moment où les Allemands découvrirent qu'en
acceptant sa nomination à l'Académie prussienne en 1914
Einstein était automatiquement devenu citoyen allemand
alors même qu'il n'avait pas renoncé à la nationalité suisse.
Einstein, qui avait renoncé à la nationalité allemande en
1896 et avait acquis la nationalité suisse cinq ans plus tard, fut
surpris d'apprendre qu'il était allemand après tout. Que cela
lui plaise ou non, les besoins de la République de Weimar lui
imposaient la double nationalité. « Par une application de la
théorie de la relativité au goût des lecteurs, écrivait Einstein
en novembre 1919 dans un article pour le Times de Londres,
aujourd'hui je suis qualifié de savant allemand en Allemagne
et présenté comme juif suisse en Angleterre. Si un jour je
deviens une bête noire, ces appellations seront inversées et je
serai un juif suisse pour les Allemands et un homme de
science allemand pour les Anglais 87 1 » Einstein serait peutêtre revenu sur ces paroles s'il avait été présent au banquet
Nobel et avait entendu l'ambassadeur allemand proposer un
toast pour exprimer « la joie de mes concitoyens en voyant
qu'une fois de plus l'un d'eux a pu réussir quelque chose
pour l'humanité tout entière 88 ».
Bohr se leva après l'ambassadeur allemand et prononça un
bref discours comme l'exigeait la tradition. Après avoir rendu
hommage à J. J. Thomson, Rutherford, Planck et Einstein,
Bohr proposa un toast à la coopération internationale pour
l'avancement de la science, «qui est, si je puis dire, en cette
époque si déprimante à bien des égards, l'une des lueurs
d 'espoir dans l'existence humaine 89 ». Vu l'occasion, il est
compréhensible qu'il ait choisi d'oublier l'exclusion toujours
en vigueur des Allemands des congrès internationaux. Le
lendemain, Bohr était sur un terrain plus ferme lorsqu'il
donna sa conférence Nobel sur « La structure de l'atome » :
«L'état actuel de la théorie atomique, commença-t-il, est
caractérisé par le fait que non seulement nous croyons avoir
démontré l'existence des atomes sans contestation possible,
mais que nous croyons même avoir une connaissance intime
