LORSQUE EINSTEIN RENCONTRA BOHR
169
l'appui de sa théorie des quanta de lumière, et Johannes
Stark, découvreur de la décomposition des raies spectrales
par un champ électrique, étaient devenus des antisémites
forcenés. Ces deux Prix Nobel étaient derrière une organisation qui s'était intitulée Groupe de travail des scientifiques
allemands pour la préservation de la science pure, dont
l'objectif principal était de dénoncer Einstein et la relativitë 9 •
Le 24 août 1920, le groupe tint une réunion dans la Salle
philharmonique de Berlin pour attaquer la relativité qualifiée
de « physique juive >> et dénoncer son créateur comme
plagiaire et charlatan. Pas le moins du monde intimidé, Einstein se rendit sur place avec Walther Nernst et assista depuis
une loge privée à cette séance où il était traîné dans la boue.
Il refusa de mordre à l'hameçon et ne dit rien.
La presse publia une lettre, signée par Walther Nernst,
Heinrich Rubens et Max von Laue, qui défendait Einstein
contre ces scandaleuses accusations. Nombre de ses amis et
collègues furent donc consternés lorsque Einstein lui-même
écrivit un article intitulé «Ma réponse >> pour le Berliner
Tagesblatt. Einstein faisait remarquer que s'il n'avait pas été
juif et internationaliste, ni lui ni ses travaux n'auraient été
attaqués. Il regretta presque immédiatement de s'être laissé
emporter au point d'écrire l'article. «Tout le monde doit
sacrifier de temps en temps sur l'autel de la stupidité, pour
plaire à la Déité et à la race humaine 70 >>, écrivit-il au physicien Max Born et à sa femme. Il était très conscient, leur
disait-il, que son statut de célébrité impliquait que « comme
dans le conte de fées où le héros change en or tout ce qu'il
touche, avec moi, tout tourne à la polémique dans les
journaux 71 >>, Le bruit courut bientôt qu'il se pourrait
qu'Einstein quitte le pays, mais il choisit de rester à Berlin,
« le lieu auquel je suis le plus étroitement attaché par des
liens humains et scientifiques 72 »,
Au cours des deux années qui suivirent leurs rencontres à
Berlin et Copenhague, Einstein et Bohr poursuivirent chacun
de leur côté leur lutte avec le quantum. «je suppose que c'est
une bonne chose d'avoir autant de sujets de distraction,
écrivit Einstein à Ehrenfest en mars 1922, sinon le problème
du quantum m'aurait expédié à l'asile de fous 75 • » Un mois
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l'appui de sa théorie des quanta de lumière, et Johannes
Stark, découvreur de la décomposition des raies spectrales
par un champ électrique, étaient devenus des antisémites
forcenés. Ces deux Prix Nobel étaient derrière une organisation qui s'était intitulée Groupe de travail des scientifiques
allemands pour la préservation de la science pure, dont
l'objectif principal était de dénoncer Einstein et la relativitë 9 •
Le 24 août 1920, le groupe tint une réunion dans la Salle
philharmonique de Berlin pour attaquer la relativité qualifiée
de « physique juive >> et dénoncer son créateur comme
plagiaire et charlatan. Pas le moins du monde intimidé, Einstein se rendit sur place avec Walther Nernst et assista depuis
une loge privée à cette séance où il était traîné dans la boue.
Il refusa de mordre à l'hameçon et ne dit rien.
La presse publia une lettre, signée par Walther Nernst,
Heinrich Rubens et Max von Laue, qui défendait Einstein
contre ces scandaleuses accusations. Nombre de ses amis et
collègues furent donc consternés lorsque Einstein lui-même
écrivit un article intitulé «Ma réponse >> pour le Berliner
Tagesblatt. Einstein faisait remarquer que s'il n'avait pas été
juif et internationaliste, ni lui ni ses travaux n'auraient été
attaqués. Il regretta presque immédiatement de s'être laissé
emporter au point d'écrire l'article. «Tout le monde doit
sacrifier de temps en temps sur l'autel de la stupidité, pour
plaire à la Déité et à la race humaine 70 >>, écrivit-il au physicien Max Born et à sa femme. Il était très conscient, leur
disait-il, que son statut de célébrité impliquait que « comme
dans le conte de fées où le héros change en or tout ce qu'il
touche, avec moi, tout tourne à la polémique dans les
journaux 71 >>, Le bruit courut bientôt qu'il se pourrait
qu'Einstein quitte le pays, mais il choisit de rester à Berlin,
« le lieu auquel je suis le plus étroitement attaché par des
liens humains et scientifiques 72 »,
Au cours des deux années qui suivirent leurs rencontres à
Berlin et Copenhague, Einstein et Bohr poursuivirent chacun
de leur côté leur lutte avec le quantum. «je suppose que c'est
une bonne chose d'avoir autant de sujets de distraction,
écrivit Einstein à Ehrenfest en mars 1922, sinon le problème
du quantum m'aurait expédié à l'asile de fous 75 • » Un mois
