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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Le fait que sa théorie ne puisse prédire ni l'instant ni la
direction de l'émission d'un quantum de lumière lorsqu'un
électron saute d'un niveau d'énergie à un niveau inférieur
continuait de troubler Einstein. «Néanmoins, avait-il écrit en
1916,j'ai pleinement confiance en la fiabilité de la démarche
choisie 64 • » Il croyait que c'était une démarche qui finirait par
conduire à une restauration de la causalité. Dans sa conférence, Bohr soutint qu'aucune détermination exacte de
l'instant et de la direction n'était jamais possible. Les deux
hommes se retrouvèrent dans deux camps opposés. Dans les
jours qui suivirent, chacun tenta de convaincre l'autre tandis
qu'ils se promenaient ensemble dans les rues de Berlin ou
dînaient chez Einstein.
«Peu de gens dans ma vie m'ont donné autant de plaisir
par leur seule présence que vous, écrivit Einstein à Bohr dès
que celui-ci fut rentré à Copenhague. J'étudie actuellement
vos superbes publications et - sauf si d'aventure je reste
bloqué sur quelque passage -j'ai le plaisir de voir sous mes
yeux votre visage réjoui et juvénile, et vos souriantes
explications 65 • » Einstein n'exagérait pas. Le Danois lui avait
fait une impression profonde et durable. «Bohr était ici, et je
suis tout autant amoureux de lui que vous l'êtes, dit-il à Paul
Ehrenfest quelques jours plus tard. Il est comme un enfant
sensible et arpente ce monde dans une sorte de transe
hypnotique 66 • >> Bohr tenait également à essayer d'exprimer,
dans son allemand quelque peu rugueux, ce qu'il avait
ressenti en rencontrant Einstein: «Ce fut pour moi l'une de
mes plus grandioses expériences de vous avoir rencontré et
de vous avoir parlé. Vous ne pouvez pas imaginer quelle inspiration ce fut pour moi d'apprendre vos opinions de vousmême en personne 67 • >> Bohr en eut encore l'occasion peu
après, lorsque Einstein lui rendit une brève visite à Copenhague, en août, au retour d'un voyage en Norvège.
«C'est un homme très doué et excellent, écrivit Einstein à
Lorentz après avoir rencontré Bohr. Il est de bon augure
pour la physique que les physiciens de premier plan soient
aussi, pour la plupart, des gens splendides 68 • >> Einstein était
devenu la cible de deux individus qui ne l'étaient pas. Philipp
Lenard, dont Einstein avait utilisé les travaux en 1905 à
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