LORSQUE EINSTEIN RENCONTRA BOHR
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comment son atome quantifié résolvait l'énigme des spectres
atomiques, ce fut pour Einstein « comme un miraclé 0 ».
Le mélange inquiétant d'excitation et d'appréhension qui
avait tenaillé l'estomac de Bohr quand il avait quitté la gare
pour se diriger vers l'université disparut dès qu'il rencontra
Planck et Einstein. Ils le mirent à l'aise en abandonnant rapidement les civilités pour parler physique. Les deux hommes
n'auraient pas pu être plus dissemblables. Planck incarnait la
formalité et la rectitude prussienne, tandis qu'Einstein, avec
ses grands yeux, ses cheveux en désordre et son pantalon
légèrement trop court, donnait l'impression d'un homme à
l'aise avec lui-même, sinon avec le monde troublé dans lequel
il vivait. Bohr accepta l'invitation de Planck d'habiter chez lui
pendant son séjour.
Bohr dit plus tard que ses journées à Berlin se passèrent à
«discuter de physique théorique du matin à la nuit 61 ».
C'était la pause idéale pour un homme qui adorait parler
physique. Il apprécia particulièrement le déjeuner que les
jeunes physiciens avaient donné en son honneur et dont ils
avaient réussi à exclure tous les «gros bonnets». C'était
l'occasion pour eux de cuisiner Bohr après que sa conférence
les eut « quelque peu déprimés, parce que nous avions
l'impression de ne pas en avoir compris grand-chose 62 ». Einstein, lui, comprit parfaitement bien ce que soutenait Bohr, et
ce n'était pas à son goût.
Comme pratiquement tous les autres physiciens, Bohr ne
croyait pas à l'existence des quanta de lumière d'Einstein. Il
admettait, comme Planck, que le rayonnement soit émis et
absorbé sous forme de quanta, mais pas que le rayonnement
lui-même soit quantifié. Il y avait pour lui carrément trop de
preuves en faveur de la théorie ondulatoire de la lumière
mais, avec Einstein dans l'auditoire, Bohr annonça à cette
assemblée de physiciens: «Je n'envisagerai pas le problème
de la nature du rayonnement 63 • » Toutefois, il avait été
profondément impressionné par les travaux d'Einstein en
1916 sur l'émission spontanée et stimulée du rayonnement et
sur les transitions des électrons entre les niveaux d'énergie.
Einstein avait réussi là où il avait échoué en montrant que
tout était affaire de hasard et de probabilités.
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