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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
opposés soient rétablies le plus vite possible après la fin de la
guerre. En tant que ressortissant d'un pays neutre, Bohr
n'éprouvait aucun ressentiment envers ses collègues allemands. Il fut l'un des premiers à envoyer une invitation à un
savant allemand lorsqu'il demanda à Arnold Sommerfeld de
donner une conférence à Copenhague. « Nous avons eu de
longues discussions sur le principe général de la théorie des
quanta et sur son application à toutes sortes de problèmes
atomiques détaillés 55 », dit Bohr après la visite de Sommerfeld. Exclus pour un certain temps encore des réunions internationales, les scientifiques allemands, comme leurs hôtes,
connaissaient la valeur de ces invitations personnelles. Aussi,
lorsqu'il en reçut une de Max Planck pour donner une conférence sur l'atome quantique et la théorie des spectres atomiques à Berlin, Bohr ne fut que trop heureux d'accepter. La
date fut fixée au mardi 27 avril 1920 ; il était tout en émoi à la
pensée de rencontrer Planck et Einstein pour la première
fois.
«Il doit posséder un intellect de première classe, extrêmement critique, qui voit loin et ne perd jamais de vue le grand
dessein 5 6 • » Tel fut le jugement porté par Einstein sur le jeune
Danois, qui avait six ans de moins que lui. On était en
octobre 1919, et pareille appréciation incita Planck à faire
venir Bohr à Berlin. Einstein l'admirait depuis longtemps. En
été 1905, lorsque la tempête créatrice qui s'était déchaînée
dans son esprit commença à se calmer, Einstein ne trouva
rien de «vraiment excitant 57 » à quoi s'attaquer ensuite. «Il y
aurait évidemment la question des raies spectrales, dit-il à son
ami Conrad Habicht, mais je crois qu'une relation simple
entre ces phénomènes et ceux déjà étudiés n'existe pas du
tout, si bien que, pour le moment, le sujet ne me semble pas
très prometteu~ 8 • »
Le flair d'Einstein pour débusquer un problème méritant
qu'on s'y attaque était inégalé. Délaissant le mystère des raies
spectrales, il trouva la formule E = mc, qui énonce que masse
et énergie sont mutuellement convertibles. Pour autant qu'il
sache, le Tout-Puissant riait à ses dépens en le menant « par
le bout du nez 59 ». Aussi, lorsqu'en 1913 Bohr lui montra
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