LORSQUE EINSTEIN RENCONTRA BOHR
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jaunisse, entre autres - qui le harcelèrent les années
suivantes. On lui prescrivit beaucoup de repos et un régime
strict. C'était plus facile à dire qu'à faire, car la vie avait été
radicalement transformée par les épreuves et les tribulations
de la guerre. Même les pommes de terre étaient devenues
rares à Berlin, et la plupart des Allemands souffraient de la
faim. Peu en moururent, certes, mais la malnutrition fit des
victimes. On estime à quatre-vingt-huit mille le nombre des
décès attribuables à pareille sous-alimentation en 1915. Ce
chiffre s'éleva à plus de cent vingt mille l'année suivante et
des émeutes éclatèrent dans plus de trente villes allemandes.
Ce n'était guère surprenant, vu que les gens étaient forcés de
manger du pain fait avec de la paille écrasée au lieu de froment.
La liste de ces ersatz ne cessait de s'allonger; des téguments
végétaux mélangés à des peaux animales remplaçaient la
viande et on buvait du « café » à base de radis grillés. La
cendre était travestie en poivre et les gens étalaient sur leur
pain un mélange de soude et d'amidon comme si c'était du
beurre. La faim permanente transformait chats, rats et
chevaux en propositions appétissantes pour les Berlinois. Si
un cheval tombait mort en pleine rue, il était prestement
dépecé. « Les gens se battaient pour avoir les meilleurs
morceaux, le visage et les vêtements couverts de sang 39 »,
relata un témoin d'un de ces incidents.
La vraie nourriture était rare, mais encore disponible pour
qui avait les moyens de se l'offrir. Einstein avait plus de
chance que d'autres, car il recevait des colis de vivres de sa
famille dans le sud du pays et de ses amis en Suisse. Au milieu
de toutes ces souffrances, Einstein avait l'impression d'être
«comme une goutte d'huile sur l'eau, isolé par la mentalité
et la conception de la vie 40 », Mais il avait besoin qu'on
s'occupe de lui, aussi emménagea-t-il à contrecœur dans un
appartement libre juste à côté de celui d'Elsa. Comme Mileva
n'était toujours pas disposée à divorcer, Elsa avait maintenant
Einstein aussi près d'elle que les convenances le permettaient.
En soignant Einstein tout au long de sa convalescence, Elsa
eut l'occasion idéale de le forcer à faire tout ce qu'il fallait
pour obtenir un divorce d'avec Mileva. Einstein n'avait aucunement l'intention de se lancer une deuxième fois dans un
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jaunisse, entre autres - qui le harcelèrent les années
suivantes. On lui prescrivit beaucoup de repos et un régime
strict. C'était plus facile à dire qu'à faire, car la vie avait été
radicalement transformée par les épreuves et les tribulations
de la guerre. Même les pommes de terre étaient devenues
rares à Berlin, et la plupart des Allemands souffraient de la
faim. Peu en moururent, certes, mais la malnutrition fit des
victimes. On estime à quatre-vingt-huit mille le nombre des
décès attribuables à pareille sous-alimentation en 1915. Ce
chiffre s'éleva à plus de cent vingt mille l'année suivante et
des émeutes éclatèrent dans plus de trente villes allemandes.
Ce n'était guère surprenant, vu que les gens étaient forcés de
manger du pain fait avec de la paille écrasée au lieu de froment.
La liste de ces ersatz ne cessait de s'allonger; des téguments
végétaux mélangés à des peaux animales remplaçaient la
viande et on buvait du « café » à base de radis grillés. La
cendre était travestie en poivre et les gens étalaient sur leur
pain un mélange de soude et d'amidon comme si c'était du
beurre. La faim permanente transformait chats, rats et
chevaux en propositions appétissantes pour les Berlinois. Si
un cheval tombait mort en pleine rue, il était prestement
dépecé. « Les gens se battaient pour avoir les meilleurs
morceaux, le visage et les vêtements couverts de sang 39 »,
relata un témoin d'un de ces incidents.
La vraie nourriture était rare, mais encore disponible pour
qui avait les moyens de se l'offrir. Einstein avait plus de
chance que d'autres, car il recevait des colis de vivres de sa
famille dans le sud du pays et de ses amis en Suisse. Au milieu
de toutes ces souffrances, Einstein avait l'impression d'être
«comme une goutte d'huile sur l'eau, isolé par la mentalité
et la conception de la vie 40 », Mais il avait besoin qu'on
s'occupe de lui, aussi emménagea-t-il à contrecœur dans un
appartement libre juste à côté de celui d'Elsa. Comme Mileva
n'était toujours pas disposée à divorcer, Elsa avait maintenant
Einstein aussi près d'elle que les convenances le permettaient.
En soignant Einstein tout au long de sa convalescence, Elsa
eut l'occasion idéale de le forcer à faire tout ce qu'il fallait
pour obtenir un divorce d'avec Mileva. Einstein n'avait aucunement l'intention de se lancer une deuxième fois dans un
