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LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
plus de la réalité des quanta 35 • «En plus, cette histoire de
causalité me cause des tas d'ennuis, écrivit-il à Max Born en
janvier 1920. Pourra-t-on jamais appréhender l'absorption et
l'émission quantiques de lumière en exigeant une causalité
totale, ou alors devrait-il subsister un résidu statistique ? Je
dois avouer qu'en la matière je n'ai pas le courage de mes
convictions. Mais je serais très malheureux si je devais
renoncer à la causalité totale 36 • »
Ce qui troublait Einstein ressemblait à la situation d'une
pomme qu'on tient au-dessus du sol, puis qu'on lâche, mais
qui ne tombe pas. Une fois que la pomme est lâchée, elle se
trouve dans un état instable par rapport à l'état au repos sur
le sol, si bien que la gravité agit immédiatement sur la
pomme et la fait tomber. Si la pomme se comportait comme
un électron dans un atome excité, alors, au lieu de retomber
dès qu'on la lâche, elle resterait suspendue au-dessus du sol et
tomberait à un moment imprévisible qui ne peut se calculer
qu'en termes de probabilités. Il y a peut-être une très forte
probabilité pour que la pomme tombe dans un délai très
court, mais il y a une petite probabilité pour qu'elle flotte
carrément au-dessus du sol pendant des heures. Un électron
à l'intérieur d'un atome excité sautera vers un état d'énergie
inférieur, ce qui conduira à l'état fondamental, plus stable, de
l'atome, mais l'instant exact de cette transition est livré aux
caprices du hasard 37 • En 1924, Einstein répugnait encore à
accepter ce qu'il avait découvert : «Je trouve très intolérable
l'idée qu'un électron exposé à un rayonnement choisisse de sa
propre initiative non seulement le moment où il sautera, mais
aussi sa direction. Dans ce cas, j'aimerais mieux être cordonnier ou même employé dans une maison de jeux que
physicien 118 • »
Il était inévitable que des années d'efforts intellectuels
intenses associées à sa vie agitée de célibataire exigent leur
dû. En 1917, Einstein s'effondra, en proie à de violentes
douleurs à l'estomac ; on diagnostiqua une affection hépatique. En l'espace de deux mois, il perdit vingt-huit kilos à
mesure que sa santé se détériorait. Ce fut le début d'une série
de maladies - calculs biliaires, ulcère du duodénum et
LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
plus de la réalité des quanta 35 • «En plus, cette histoire de
causalité me cause des tas d'ennuis, écrivit-il à Max Born en
janvier 1920. Pourra-t-on jamais appréhender l'absorption et
l'émission quantiques de lumière en exigeant une causalité
totale, ou alors devrait-il subsister un résidu statistique ? Je
dois avouer qu'en la matière je n'ai pas le courage de mes
convictions. Mais je serais très malheureux si je devais
renoncer à la causalité totale 36 • »
Ce qui troublait Einstein ressemblait à la situation d'une
pomme qu'on tient au-dessus du sol, puis qu'on lâche, mais
qui ne tombe pas. Une fois que la pomme est lâchée, elle se
trouve dans un état instable par rapport à l'état au repos sur
le sol, si bien que la gravité agit immédiatement sur la
pomme et la fait tomber. Si la pomme se comportait comme
un électron dans un atome excité, alors, au lieu de retomber
dès qu'on la lâche, elle resterait suspendue au-dessus du sol et
tomberait à un moment imprévisible qui ne peut se calculer
qu'en termes de probabilités. Il y a peut-être une très forte
probabilité pour que la pomme tombe dans un délai très
court, mais il y a une petite probabilité pour qu'elle flotte
carrément au-dessus du sol pendant des heures. Un électron
à l'intérieur d'un atome excité sautera vers un état d'énergie
inférieur, ce qui conduira à l'état fondamental, plus stable, de
l'atome, mais l'instant exact de cette transition est livré aux
caprices du hasard 37 • En 1924, Einstein répugnait encore à
accepter ce qu'il avait découvert : «Je trouve très intolérable
l'idée qu'un électron exposé à un rayonnement choisisse de sa
propre initiative non seulement le moment où il sautera, mais
aussi sa direction. Dans ce cas, j'aimerais mieux être cordonnier ou même employé dans une maison de jeux que
physicien 118 • »
Il était inévitable que des années d'efforts intellectuels
intenses associées à sa vie agitée de célibataire exigent leur
dû. En 1917, Einstein s'effondra, en proie à de violentes
douleurs à l'estomac ; on diagnostiqua une affection hépatique. En l'espace de deux mois, il perdit vingt-huit kilos à
mesure que sa santé se détériorait. Ce fut le début d'une série
de maladies - calculs biliaires, ulcère du duodénum et
