LORSQUE EINSTEIN RENCONTRA BOHR
155
L'Autriche, soutenue par l'Allemagne, déclara la guerre à la
Serbie. L'Allemagne déclara la guerre à la Russie, alliée de la
Serbie, le 1er août et à la France deux jours plus tard. La
Grande-Bretagne, qui garantissait l'indépendance de la
Belgique, déclara la guerre à l'Allemagne après qu'elle eut
violé la neutralité de la Belgique 15 • « L'Europe, dans sa folie,
s'est maintenant embarquée dans quelque chose d'incroyablement absurde 16 »,écrivit Einstein le 14 août à son ami Paul
Ehrenfest.
Tandis qu'Einstein «flottait sereinement au gré de [ses]
méditations pacifiques » et ressentait seulement « un mélange
de pitié et de dégoût 17 », Nernst, à cinquante ans, s'engagea
comme conducteur d'ambulance. Planck, lui, incapable de
réprimer ses élans patriotiques, déclara : « C'est un sentiment
grandiose de pouvoir se déclarer allemand 18 • » Convaincu
qu'il vivait une époque glorieuse, Planck, recteur de l'université de Berlin, envoyait ses étudiants mourir dans les tranchées au nom d'une «guerre juste». Einstein fut consterné
de découvrir que Planck, Nernst, Rôntgen et Wien étaient au
nombre des quatre-vingt-treize sommités qui signèrent l'Appel
au monde cultivé.
Ce manifeste fut publié le 4 octobre 1914 dans les grands
journaux allemands et dans d'autres quotidiens de par le
monde. Ses signataires protestaient contre les «mensonges et
les diffamations avec lesquels nos ennemis essaient de souiller
la pureté de la cause allemande dans l'impitoyable lutte à
mort qui nous a été imposée 19 ». Ils affirmaient que l'Allemagne n'était en rien responsable de la guerre, qu'elle
n'avait pas violé la neutralité de la Belgique et n'avait pas
commis d'atrocités. L'Allemagne était «une nation cultivée
pour qui l'héritage de Goethe, de Beethoven et de Kant est
aussi sacré que ses chaumières et ses lopins de terre 20 »,
Planck ne tarda pas à regretter d'avoir signé le manifeste et
commença à s'excuser en privé auprès de ses collègues et
amis étrangers. Parmi tous ceux qui avaient prêté leur nom
aux faussetés et aux demi-vérités de ce qu'on finit par appeler
le Manifeste des quatre-vingt-treize, Einstein s'était attendu à
mieux de la part de Planck. Même le chancelier allemand
avait publiquement avoué que la neutralité de la Belgique
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L'Autriche, soutenue par l'Allemagne, déclara la guerre à la
Serbie. L'Allemagne déclara la guerre à la Russie, alliée de la
Serbie, le 1er août et à la France deux jours plus tard. La
Grande-Bretagne, qui garantissait l'indépendance de la
Belgique, déclara la guerre à l'Allemagne après qu'elle eut
violé la neutralité de la Belgique 15 • « L'Europe, dans sa folie,
s'est maintenant embarquée dans quelque chose d'incroyablement absurde 16 »,écrivit Einstein le 14 août à son ami Paul
Ehrenfest.
Tandis qu'Einstein «flottait sereinement au gré de [ses]
méditations pacifiques » et ressentait seulement « un mélange
de pitié et de dégoût 17 », Nernst, à cinquante ans, s'engagea
comme conducteur d'ambulance. Planck, lui, incapable de
réprimer ses élans patriotiques, déclara : « C'est un sentiment
grandiose de pouvoir se déclarer allemand 18 • » Convaincu
qu'il vivait une époque glorieuse, Planck, recteur de l'université de Berlin, envoyait ses étudiants mourir dans les tranchées au nom d'une «guerre juste». Einstein fut consterné
de découvrir que Planck, Nernst, Rôntgen et Wien étaient au
nombre des quatre-vingt-treize sommités qui signèrent l'Appel
au monde cultivé.
Ce manifeste fut publié le 4 octobre 1914 dans les grands
journaux allemands et dans d'autres quotidiens de par le
monde. Ses signataires protestaient contre les «mensonges et
les diffamations avec lesquels nos ennemis essaient de souiller
la pureté de la cause allemande dans l'impitoyable lutte à
mort qui nous a été imposée 19 ». Ils affirmaient que l'Allemagne n'était en rien responsable de la guerre, qu'elle
n'avait pas violé la neutralité de la Belgique et n'avait pas
commis d'atrocités. L'Allemagne était «une nation cultivée
pour qui l'héritage de Goethe, de Beethoven et de Kant est
aussi sacré que ses chaumières et ses lopins de terre 20 »,
Planck ne tarda pas à regretter d'avoir signé le manifeste et
commença à s'excuser en privé auprès de ses collègues et
amis étrangers. Parmi tous ceux qui avaient prêté leur nom
aux faussetés et aux demi-vérités de ce qu'on finit par appeler
le Manifeste des quatre-vingt-treize, Einstein s'était attendu à
mieux de la part de Planck. Même le chancelier allemand
avait publiquement avoué que la neutralité de la Belgique
