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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
traite ma femme comme une employée que je ne peux pas
renvoyer 11 », confia-t-il à Elsa. Une fois installé à Berlin, Einstein disparaissait souvent pendant plusieurs jours sans explication. Puis, un beau jour, il quitta complétement le domicile
familial et élabora une liste remarquable des conditions sous
lesquelles il serait disposé à revenir. Si Mileva les acceptait,
elle deviendrait en effet une employée plutôt qu'une épouse.
Une employée que son époux était à présent décidé à congédier.
Einstein exigeait : « 1. que mes vêtements et mon linge
soient toujours bien rangés, propres et en bon état ; 2. que je
prenne mes trois repas quotidiens dans ma pièce; 3. que
l'ordre règne dans ma chambre à coucher et mon cabinet de
travail, et, en particulier, que l'usage du bureau me soit exclusivement réservé. » En outre, elle devait «renoncer à toutes
relations personnelles» et s'abstenir de le critiquer «soit en
paroles, soit par gestes devant mes enfants», Finalement, il
tenait à ce que Mileva se conforme « aux points suivants : 1.
Vous ne devez ni vous attendre à aucune intimité de ma part
ni m'adresser de reproche à quelque sujet que ce soit. 2. Vous
devez immédiatement cesser de m'adresser la parole si je
l'exige. 3. Vous devez immédiatement et sans protester
quitter ma chambre ou mon cabinet de travail si je l'exige 12 ».
Mileva accepta ses exigences et Einstein regagna le domicile familial. Mais cela ne pouvait pas durer. Fin juillet, au
bout de trois mois seulement à Berlin, Mileva et les garçons
repartirent à Zurich. Debout sur le quai, Einstein leur dit
adieu d'un signe de la main et pleura - peut-être pas Mileva
et ce qu'ils avaient vécu ensemble, mais sans doute le départ
de ses deux fils. Quelques semaines plus tard, il savourait le
plaisir de vivre seul « dans mon grand appartement, et dans
une tranquillité intacte 13 », Une tranquillité dont jouiraient
bien peu de gens lorsque l'Europe basculerait dans la guerre.
« Un jour, la grande guerre européenne naîtra d'un incident stupide quelconque dans les Balkans 14 », aurait dit
Bismarck. Ce jour-là était le dimanche 28 juin 1914, et « 1 'incident stupide» fut l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc FrançoisFerdinand, héritier des couronnes d'Autriche et de Hongrie.
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
traite ma femme comme une employée que je ne peux pas
renvoyer 11 », confia-t-il à Elsa. Une fois installé à Berlin, Einstein disparaissait souvent pendant plusieurs jours sans explication. Puis, un beau jour, il quitta complétement le domicile
familial et élabora une liste remarquable des conditions sous
lesquelles il serait disposé à revenir. Si Mileva les acceptait,
elle deviendrait en effet une employée plutôt qu'une épouse.
Une employée que son époux était à présent décidé à congédier.
Einstein exigeait : « 1. que mes vêtements et mon linge
soient toujours bien rangés, propres et en bon état ; 2. que je
prenne mes trois repas quotidiens dans ma pièce; 3. que
l'ordre règne dans ma chambre à coucher et mon cabinet de
travail, et, en particulier, que l'usage du bureau me soit exclusivement réservé. » En outre, elle devait «renoncer à toutes
relations personnelles» et s'abstenir de le critiquer «soit en
paroles, soit par gestes devant mes enfants», Finalement, il
tenait à ce que Mileva se conforme « aux points suivants : 1.
Vous ne devez ni vous attendre à aucune intimité de ma part
ni m'adresser de reproche à quelque sujet que ce soit. 2. Vous
devez immédiatement cesser de m'adresser la parole si je
l'exige. 3. Vous devez immédiatement et sans protester
quitter ma chambre ou mon cabinet de travail si je l'exige 12 ».
Mileva accepta ses exigences et Einstein regagna le domicile familial. Mais cela ne pouvait pas durer. Fin juillet, au
bout de trois mois seulement à Berlin, Mileva et les garçons
repartirent à Zurich. Debout sur le quai, Einstein leur dit
adieu d'un signe de la main et pleura - peut-être pas Mileva
et ce qu'ils avaient vécu ensemble, mais sans doute le départ
de ses deux fils. Quelques semaines plus tard, il savourait le
plaisir de vivre seul « dans mon grand appartement, et dans
une tranquillité intacte 13 », Une tranquillité dont jouiraient
bien peu de gens lorsque l'Europe basculerait dans la guerre.
« Un jour, la grande guerre européenne naîtra d'un incident stupide quelconque dans les Balkans 14 », aurait dit
Bismarck. Ce jour-là était le dimanche 28 juin 1914, et « 1 'incident stupide» fut l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc FrançoisFerdinand, héritier des couronnes d'Autriche et de Hongrie.
