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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Guerre mondiale avait éclaté et bien des choses avaient
changé. Une vague de patriotisme avait déferlé sur le pays
et les laboratoires se dépeuplaient à mesure que s'engageaient les hommes aptes au combat. L'espoir que la guerre
serait brève et localisée s'effondra du jour au lendemain
lorsque les Allemands envahirent la Belgique puis le nord
de la France. Des hommes qui, récemment encore, étaient
des collègues, combattaient maintenant dans des camps
opposés. Marsden fut bientôt envoyé sur le front de l'Ouest.
Geiger et Hevesy avaient rejoint les armées des Empires
centraux.
Rutherford n'était pas à Manchester lorsque Bohr arriva. Il
était parti en juin afin d'assister au congrès annuel de l'Association britannique pour l'avancement de la science, qui se
tenait cette année-là en Australie, à Melbourne. Rutherford,
qui venait d'être nommé chevalier, s'était rendu dans sa famille
t;n Nouvelle-Zélande avant de repartir comme prévu pour les
Etats-Unis et le Canada. Une fois rentré à Manchester, il
consacra une grande partie de son temps à la lutte anti-sousmarine. Puisque le Danemark était neutre, Bohr n'avait le
droit de participer à aucune activité en rapport avec la
guerre. Il se concentra principalement sur l'enseignement; le
peu de recherche qui était possible était rendu difficile par le
manque de revues et la censure du courrier entre l'Angleterre et le continent.
À l'origine, Bohr avait l'intention de ne passer qu'un an
à Manchester. Mais il y était encore lorsqu'en mai 1916 il
fut officiellement nommé professeur sur la chaire nouvellement créée de physique théorique. La réputation grandissante de Bohr lui avait assuré ce poste, mais en dépit de ses
succès, il y avait des problèmes que son atome quantique ne
pouvait pas résoudre. Les réponses que son modèle donnait
pour des atomes possédant plus d'un électron ne concordaient pas avec l'expérience. Même dans le cas de l'hélium,
qui n'avait que deux électrons. Pis encore, le modèle
atomique de Bohr prédisait des raies qu'on ne trouvait pas.
Malgré l'introduction de « règles de sélection » ad hoc pour
expliquer pourquoi certaines raies étaient observées et
d'autres non, tous les éléments centraux de l'atome de
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Guerre mondiale avait éclaté et bien des choses avaient
changé. Une vague de patriotisme avait déferlé sur le pays
et les laboratoires se dépeuplaient à mesure que s'engageaient les hommes aptes au combat. L'espoir que la guerre
serait brève et localisée s'effondra du jour au lendemain
lorsque les Allemands envahirent la Belgique puis le nord
de la France. Des hommes qui, récemment encore, étaient
des collègues, combattaient maintenant dans des camps
opposés. Marsden fut bientôt envoyé sur le front de l'Ouest.
Geiger et Hevesy avaient rejoint les armées des Empires
centraux.
Rutherford n'était pas à Manchester lorsque Bohr arriva. Il
était parti en juin afin d'assister au congrès annuel de l'Association britannique pour l'avancement de la science, qui se
tenait cette année-là en Australie, à Melbourne. Rutherford,
qui venait d'être nommé chevalier, s'était rendu dans sa famille
t;n Nouvelle-Zélande avant de repartir comme prévu pour les
Etats-Unis et le Canada. Une fois rentré à Manchester, il
consacra une grande partie de son temps à la lutte anti-sousmarine. Puisque le Danemark était neutre, Bohr n'avait le
droit de participer à aucune activité en rapport avec la
guerre. Il se concentra principalement sur l'enseignement; le
peu de recherche qui était possible était rendu difficile par le
manque de revues et la censure du courrier entre l'Angleterre et le continent.
À l'origine, Bohr avait l'intention de ne passer qu'un an
à Manchester. Mais il y était encore lorsqu'en mai 1916 il
fut officiellement nommé professeur sur la chaire nouvellement créée de physique théorique. La réputation grandissante de Bohr lui avait assuré ce poste, mais en dépit de ses
succès, il y avait des problèmes que son atome quantique ne
pouvait pas résoudre. Les réponses que son modèle donnait
pour des atomes possédant plus d'un électron ne concordaient pas avec l'expérience. Même dans le cas de l'hélium,
qui n'avait que deux électrons. Pis encore, le modèle
atomique de Bohr prédisait des raies qu'on ne trouvait pas.
Malgré l'introduction de « règles de sélection » ad hoc pour
expliquer pourquoi certaines raies étaient observées et
d'autres non, tous les éléments centraux de l'atome de
