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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
tout ce que je peux trouver superflu dans votre article ?
Répondez, s'il vous plaît 30 • »
Lorsque Bohr lut la lettre, il fut horrifié. Pour un homme
qui souffrait le martyre pour le choix de chaque mot et procédait à d'innombrables révisions et corrections, l'idée que
quelqu'un d'autre, même Rutherford, puisse modifier son
texte, était un scandale. Deux semaines après avoir posté
l'original, Bohr envoya un manuscrit révisé, encore plus long,
contenant des modifications et des ajouts. Rutherford admit
que les ajouts étaient ~excellents et sembl[ai]ent tout à fait
raisonnables » mais, une fois de plus, il pressa Bohr de
raccourcir l'article. Avant même d'avoir reçu cette dernière
lettre, Bohr écrivit à Rutherford pour l'informer qu'il profitait d'un congé pour se rendre à Manchester 31 •
Lorsque Bohr frappa à la porte d'entrée, Rutherford était
en train de recevoir son ami Arthur Eve. Celui-ci se rappela
plus tard que Rutherford fit immédiatement entrer dans son
bureau ce «jeune homme d'apparence fragile», laissant à
Mme Rutherford le soin d'expliquer que ce visiteur était un
jeune Danois et que son mari tenait « ses travaux en très
haute estime 32 ». Tout au long de leurs discussions, qui
s'étalèrent sur plusieurs soirées les jours suivants, Bohr avoua
que Rutherford « fit preuve d'une patience quasi angélique 33 »
tandis que lui-même tentait de défendre chaque mot de son
article.
Épuisé, Rutherford finit par céder. Peu après, il régala ses
amis et collègues du récit de cette rencontre: «je voyais bien
qu'il en avait soupesé chaque mot, et j'étais impressionné par la
détermination avec laquelle il s'accrochait à chaque phrase,
chaque expression, chaque citation ; tout avait une raison
précise, et, bien qu'au début j'aie cru qu'on pourrait supprimer
de nombreuses phrases, il était clair, quand il m'eut expliqué à
quel point tout était étroitement lié, qu'il était impossible de
changer quoi que ce soi~ 4 • » Ironiquement, avec le recul, Bohr
avouerait des années plus tard que Rutherford avait eu raison
«d'objecter à la présentation plutôt complexe 35 ».
La trilogie de Bohr fut publiée pratiquement sans modifications dans le Philosophical Magazine sous le titre « Sur la constitution des atomes et des molécules». Le premier volet, daté
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