L'ATOME QUANTIQUE
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coup de mal à s'imaginer concrètement ce qui est à la base de
tout cela 27 • »
Ruthexford - et il ne serait pas le seul -, avait du mal à se
représenter comment l'électron à l'intérieur de l'atome
d'hydrogène «sautait» entre les niveaux d'énergie. La difficulté venait du fait que Bohr avait violé une règle essentielle
de la physique classique. Un électron décrivant un cercle est
un système oscillant, dans lequel une orbite complète est une
oscillation et le nombre d'orbites par seconde la fréquence de
l'oscillation. Un système oscillant rayonne de l'énergie à la
fréquence de son oscillation, mais, puisque deux niveaux
d'énergie sont impliqués lorsqu'un électron effectue un
«saut quantique», il y a deux fréquences d'oscillation.
Ruthexford se plaignait qu'il n'y ait aucun lien entre ces
fréquences, entre l'« ancienne » mécanique et la fréquence
du rayonnement émis quand l'électron saute d'un niveau
d'énergie à l'autre.
Il avait en outre identifié un problème plus sérieux : « Il me
semble y avoir une grande difficulté dans votre hypothèse, et
dont, je n'en doute pas, vous êtes pleinement conscient: à
savoir, comment un électron décide-t-il à quelle fréquence il
va vibrer lorsqu'il passera d'un état stationnaire à un autre ? Il
me semble que vous seriez obligé de supposer que l'électron
sait d'avance où il va s'arrêter 8 • » Un électron au niveau
d'énergie n = 3 peut sauter vers le bas soit vers le niveau n = 2,
soit vers n = 1. Afin d'accomplir ce saut, l'électron semble
«savoir» vers quel niveau d'énergie il se dirige, de façon à
pouvoir émettre un rayonnement de la fréquence correcte.
C'étaient là des faiblesses de l'atome quantique auxquelles
Bohr n'avait pour l'instant pas de réponse.
Une autre critique, plus accessoire, affectait Bohr bien plus
profondément. Ruthexford estimait que l'article «devrait vraiment être abrégé», puisque «de longs articles tendent à
effrayer les lecteurs, qui ont l'impression de ne pas avoir le
temps de s'y plonger 9 ». Après avoir proposé de corriger
l'anglais de Bohr partout où ce serait nécessaire, Ruthexford
ajoutait en post-scriptum: «je suppose que vous n'avez pas
d'objection à ce que j'utilise mon jugement pour supprimer
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